Monter sa partie privée de poker

Publié par FMontmirel

Les cercles sont en voie de disparition. Les casinos ferment leurs salles de poker les uns après les autres. Que reste-t-il pour partager nos parties préférées ? Internet bien sûr, mais c’est autre chose que le live, et les clubs locaux, qui sont des lieux souvent chaleureux, aujourd’hui les vrais cœurs battants du poker live, mais on n’y fait que des tournois.

Reste donc les parties privées. Beaucoup ont été créées depuis la fermeture des cercles, souvent dans un but lucratif inavouable, qui inclut parfois le recours à de la collusion voire à de l’entourloupe. Appelez-la tricherie si vous voulez.

La solution saine est de créer soi-même sa propre partie privée. Mise en garde : si vous voulez créer un cercle clandestin, c’est la mauvaise solution, et rien de ce qui suit ne vous aidera. Ici je veux parler d’une partie à domicile, régulière ou non, entre gens qui se cooptent, qui peuvent ne pas se connaître au départ et qui mettent en jeu des sommes raisonnables.

Comme j’ai en gros trente-cinq ans d’expérience dans ce domaine, je vais me faire une joie de vous donner quelques conseils pour créer/améliorer votre partie privée :

Comment démarrer ?

Jamais seul. Il faut être trois ou quatre joueurs au départ, et chaque joueur demande à des copains si la partie l’intéresse. Lesquels, une fois titulaires, feront de même. C’est l’effet réseau et cela fonctionne bien, même dans les petites villes.

Cooptation = responsabilité

Un joueur titulaire qui amène au joueur extérieur en est responsable, et doit en répondre si celui-ci crée des problèmes (de paiement, d’ambiance, de ponctualité, de savoir-vivre, de triche). Il doit aussi en parler aux autres avant d’inviter l’individu.

Euh… C'est lui le copain que tu veux faire entrer dans la partie ?

Euh… C'est lui le copain que tu veux faire entrer dans la partie ?

Comment la faire connaître ?

Aucune publicité. Si vous ne voulez pas que les autorités s’intéressent à votre partie privée, qui n’est que privée, donc une affaire entre individus qui ne regarde que vous, ne faites aucun appel public à candidatures. Faites fonctionner le réseau par contact direct. Je le répète : si vous avez l’ambition de monter un « clandé », désolé, cet article n’est pas pour vous !

La pire des solutions : inviter du public

La pire des solutions : inviter du public

Matériel

Un bon matériel conditionne le plaisir de jouer.

La table : une table de poker est idéale, on en trouve de très correctes, pliables, pour moins de 100€. Si vous n’en avez pas, une table ronde ou ovale conviendra, recouverte d’un bulgom et d’une nappe en coton uni ou d’un feutre.

Les jetons : prenez des jetons classiques poker d’au moins 11 grammes. Si possible des jetons monocolores, avec des couleurs bien contrastées. Ils peuvent ne pas porter de valeur, de toute façon les joueurs s’habituent. Maximum 4 couleurs différentes (par exemple, 25-100-500-1000). Pour les puristes, je rappelle les couleurs types : 25 = vert ; 100 = noir ; 500 = violet ; 1000 = marron.

Les cartes : obligatoirement en PVC. Prévoyez des jeux de rechange car l’apparition d’une marque ou la constatation d’un défaut implique de changer de jeu sur-le-champ.

La carte de coupe : nécessaire car il ne faut pas pouvoir identifier la carte du dessous du jeu.

Le bouton : nécessaire aussi car on doit à tout moment savoir qui donne pour connaître l’ordre de parole. Un objet caractéristique suffit.

Le matériel c'est bien, le personnel c'est mieux… mais plus cher

Le matériel c'est bien, le personnel c'est mieux… mais plus cher

Mélange/distribution : deux jeux

Le temps de mélange des cartes ralentit considérablement la partie. J’ai adopté depuis longtemps le principe des deux jeux : pendant que le donneur distribue, le gros blind mélange l’autre jeu, ce qui prend à peine plus de temps que la donne elle-même. Lors de la donne suivante, le nouveau donneur fera couper ce jeu par le joueur assis à sa droite avant de donner à son tour.

Combien de joueurs ?

Trop de joueurs ralentissent le jeu. Là encore, on dérogera au cercle, qui adore les parties à neuf ou dix. En partie privée, huit joueurs doivent être le maximum. J’ai pu remarquer que les parties les plus dynamiques comptaient six joueurs. Quatre joueurs fonctionnent aussi, mais à trois, cela devient difficile.

Quel prix ?

Il faut fixer le montant de la cave, qui est l’unité de prise de jetons. Par exemple, une cave peut valoir 10€ et comporter 1.000 jetons. Au fil de la partie, chacun en reprend selon ses besoins.

Quand vous créez une nouvelle partie privée, il est toujours difficile de savoir si le prix des caves est adapté aux finances de chacun. Il peut donc s’ajuster au fil des parties. Le but n’est pas de ruiner des joueurs, mais de se détendre entre amis, rappelons-le !

Faut-il éclairer ?

Eclairer = montrer que l’on a de quoi payer, pour éviter la désagréable surprise, en fin de partie, de voir un gros perdant annoncer avec un sourire jusqu’aux oreilles : « Vous me faites crédit, les gars ? » Pas de crédit à une table de jeu : on ne joue pas avec l’argent des copains pour le leur reprendre, ce serait un comble ! Là encore, oublions les habitudes des pires cercles !

Un minimum en liquide doit être amené par chaque joueur, comme garantie. Ce minimum doit être fixé et connu de tous. Si un joueur perd au-delà de ce minimum, cela peut arriver, et il peut payer ce surplus par chèque.

Là encore, essayons d’éviter ce que font les cercles, à savoir faire payer les jetons pris au fur et à mesure. Faisons plutôt les comptes une fois à la fin, c’est plus convivial.

On n'est pas obligé de faire une tête d'enterrement

On n'est pas obligé de faire une tête d'enterrement

Quelle notation des caves ?

L’organisateur se charge de la notation des caves. C’est un rituel :

– après avoir été rasé sur un coup, un joueur demande X caves,

– l’organisateur sort la feuille qui a été préparée au départ avec autant de colonnes que de joueurs,

– il marque autant de bâtons que le joueur veut de caves,

– puis donne les jetons au preneur de caves.

Ça paraît idiot, mais il faut être très rigoureux sur ce point. Rien de plus désagréable, quand l’heure des comptes a sonné, que de constater une différence entre les caves prises et le comptage des tapis restants ! Quand cela arrive, c’est toujours les gagnants qui en font les frais !'

Rake ?

Pas de rake dans une partie privée. Une participation forfaitaire aux frais suffit, que l’on appelle « taille » ou « droit de chaise » chez les pros. Elle couvre en général les frais des restauration, de boissons, de renouvellement des cartes… et un petit bonus à l’organisateur qui fait les courses, prépare l’endroit, fait le rangement, passe du temps à envoyer les invitations par SMS, gère les prises de caves, etc.

Astuce : pour éviter que les joueurs sortent physiquement de l’argent en début de partie pour payer la taille, ajoutez celle-ci au compte des joueurs sous forme de caves, mais sans leur donner les jetons correspondants. A la fin de la partie, il suffira de compter la taille comme un joueur gagnant pour que les comptes soient justes. Une sorte d’impôt indolore…

Combien de parties par session ?

Deux parties de trois heures valent mieux qu’une partie de six heures. Les compteurs sont remis à zéro pour la deuxième, ce qui donne plus d’espoir aux joueurs qui ont subi des bad beats ou « gros cavés » de se refaire sereinement dans la deuxième. C’est aussi un avantage pour les gros gagnants de la première, car ils encaissent alors au plus fort de leurs gains, sans courir le risque de subir un bad-beat qui pourrait les décaver.

Quelles variantes ?

Pour pratiquer un bon poker et éviter les variantes fantaisistes qui ne sont que des roulettes déguisées, il faut définir dès le départ une liste de variantes, et n’en déroger sous aucun prétexte.

Une partie en Hold’em seul se conçoit, mais amener un peu de variété rendra la partie plus fun. Le principe est le « dealer’s choice » : le donneur décide de la variante à jouer. Vous pouvez ajouter : Omaha, Omaha high-low, Stud, Stud high-low, le tout joué en no-limit. J’en vois qui deviennent verts, mais il faut savoir que le no-limit ne signifie pas explosion des enchères, car ceux qui relancent trop fort tombent rapidement sur un os, à savoir un payeur max en cartes ! Le no-limit est très sain à une table, appelle à une certaine prudence, et amplifie la stratégie.

Ces variantes sont parfaitement documentées, nécessitent un minimum de stratégie, et n’ont rien à voir avec les Courchevel, Double Hold’em et autre Omaha 5, qui relèvent trop du hasard.

J’émets une réserve sur le Poker chinois, le Badugi et le Deuce-to-seven, qui ne peuvent pas raisonnablement être joués en no-limit et qui nécessitent une très bonne connaissance technique.

Certaines variantes ne manquent pas de sel

Certaines variantes ne manquent pas de sel

Fin de partie

L’heure de la fin de la partie doit être fixée au début de la session. Si certains joueurs ne peuvent pas rester jusqu’au bout, ils le disent dès le début de la partie, et là encore, quel que soit l’état de leurs finances, ils doivent respecter leur horaire.

Un joueur perdant peut quitter la partie à tout moment. Un joueur gagnant doit respecter son horaire. Sauf cas de force majeure, bien sûr. Je me souviens d’un joueur dont l’épouse l’avait appelé parce qu’un gamin avait fait une chute dans l’escalier à la maison. Difficile de rester jouer sereinement…

Prolongation

Il y a longtemps que, dans les parties privées que je fréquente, la notion de prolongation a été supprimée. Elle a été remplacée par des tours supplémentaires.

Par exemple : « Une heure, fin du tour, deux tours » signifie qu’à une heure du matin, l’alarme sonnera, on finira le tour en cours jusqu’au pivot, et on entamera deux tours de pot en dealer’s choice.

Le tour de pot signifie qu’au lieu de blinder, les joueurs misent chacun un chip, et l’ouverture se fera à la hauteur du pot. Par exemple, s’il y a six joueurs, le pot comportera six chips avant la donne, et pour ouvrir, le joueur qui le décide devra ouvrir à six chips. Les autres relanceront s’ils le veulent.

Ce type de tour supplémentaire permet à des joueurs perdants de se refaire tout en évitant le tilt complet.

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Voilà pour ces quelques conseils. Créer sa propre partie privée, c’est pouvoir continuer à jouer au poker malgré la disparition (provisoire, espérons-le) des tables de cash-games tout en évitant les parties privées peu sûres. On est souvent surpris du nombre de joueurs de poker « en latence » dans les environs, et une partie privée sympa, régulière et durable peut parfois se monter en quelques jours.

Enfin, côté technique pure, n'oubliez pas de lire la trilogie Poker Cash de l'ami Harrington, la référence en matière de cash-games. Poker Arsenal de Mike Caro vous donne aussi énormément d'infos utiles pour améliorer vos résultats dans vos parties de cash.

Bon jeu à tous !

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Publié dans Astuces