Oh, maha et hold'em à l'ACF

Publié le par jokerdeluxe

De temps en temps l'ACF organise un petit bijou de tournoi, comme ces « un tour un tour » dont il est l'un des derniers à sacrifier au monde. Ou pour être plus précis: un niveau en hold'em no-limit, le niveau suivant en Omaha pot-limit, et ainsi de suite.

C'est ce qu'ils ont fait jeudi dernier, le 8 mai, à 20h. D'abord un coup de chapeau à ce club qui a complètement revu et corrigé sa déco intérieure. Le comptoir n'est plus niché à gauche au surplomb des escaliers. Il est après un sas, à droite. Et les murs ont été refaits de fond en comble, ainsi que la clim.

J'arrive, et le premier que je vois est Bruno Fitoussi. Chaude poignée de mains, depuis le temps qu'on se connaît... J'arrive pile à l'heure dans cette lourde ambiance de jeu qu'on retrouve les grands soirs. A vrai dire, celui-ci n'en est pas un, de grand soir : rares sont les joueurs qui sont prêts à s'engager sur deux variantes à la fois, alors que les fans du THNL sont légion maintenant. Ce soir, c'est donc hold'em/Omaha à 300 + rebuy, un seul rebuy, ou add-on, sachant qu'on peut prendre l'un ou l'autre si on a au plus le montant du tapis de départ, soit 3.000.

68 joueurs s'asseoient finalement, pour une table payée (9 joueurs) et dès le départ je retrouve deux vieilles connaissances à ma table : Eric, un jeune joueur qui avait commencé lors des premiers tournois du dimanche du ClubPoker.net, et qui depuis a fait son chemin, et le frère d'un comédien, qui ne peut pas s'arrêter de parler (pas le comédien, le frère). On est huit par table.

Je soupçonne qu'un tournoi mixte à 300+300 comme celui-ci rameute autant que joueurs qu'un tournoi à 3.000 THNL seul à l'ACF, à peu près, et encore, car un aussi gros tournoi draine des satellites à foison, ce qui multiplie les participations. Finalement un tel tournoi n'a pas de comparaison possible. C'est un tournoi dinosaure, un mézozoïque de tournoi dans lequel se risquent quelques joueurs aux os craquants. Alors je suis fier d'avoir les os craquants.

Il m'est aussitôt arrivé une chose qui ne m'était pas arrivée depuis 32 ans, c'est-à-dire depuis mes débuts au poker : je trouve A-A dans ma première main.  Je suis UTG en plus, pas la place la meilleure pour exploiter ce bijou. Je compte sur la chaleur un peu inconsciente qui pousse à faire monter les jetons, ce qui secoue les spécialistes de rebuys, et je relance à 200 (gros blind à 25). Je sais, c'est énorme, j'aurais dû faire 100, mais encore une fois je voulais accrocher un ou deux « pousseurs », voire susciter la relance de bluff. Mais no recall at all, rien, alors j'encaisse les blinds. De toute façon je déteste engager gros dès la première main, contrairement à certains autres qui se font une obligation de la gagner.

Dès lors les coups vont se succéder rapidement avec des joueurs qui veulent en découdre tant qu'ils n'ont pas pris leur rebuy. Pour ma part, je joue solide, mais comme je trouve quelques bonnes mains dès la première heure (A-K, A-Q, T-T, 7-7 et deux fois J-J), ma présence aux coups est tout à fait marquante. Relances comme d'habitude. Sur ces six mains, seules trois vont à l'abattage, et encore, toujours contre un joueur avec un plus petit tapis. Je perds une seule de ces confrontations, j'en encaisse 4, pour en partager la sixième.

Au bout de l'heure de rebuys, après le tour d'Omaha (chaque niveau dure une demi-heure), je fais mes comptes : j'ai 7.500 et aucun joueur n'est éliminé. Dès lors le calcul est simple : le tapis moyen maxi après les rebuys sera de 6.000, donc je suis assuré d'avoir largement plus que le tapis moyen même sans rebuy. En plus, à ma table, les tapis sont très proches les uns des autres, autour de 5.000, sauf Eric et moi qui survolons au-delà de 7.500. Ma décision est prise alors de ne pas prendre le rebuy. Décision partagée par 18 joueurs en tout.

Décision d'autant plus sûre que deux joueurs de la table ont de toute évidence des carences. Ils jouent d'abord sur la chance. Mais le plus fort, c'est qu'ils ne savent absolument pas jouer à l'Omaha.

D'ailleurs dans ce tournoi, je dois reconnaître que sur les 25 joueurs rencontrés, à peu près cinq seulement savaient vraiment jouer à l'Omaha. Dans ce jeu, il est courant qu'une main qu'un débutant trouverait idiot de jouer soit en fait un petit bijou. Par exemple, la main 9-10-J-Q, qui, même si elle n'a aucune paire ni As, est une bombe en puissance - le flop est juge de paix sans pitié : c'est la fortune ou la fuite.

D'autres mains au contraire, sont estimées par des débutants comme des bombes qu'il serait une erreur de jeter alors que les vieux briscards vous diront que c'est une erreur de les jouer. Par exemple, A-10-4-4 en deux couleurs. Pourquoi ? Parce qu'une main avec une paire inférieure au 8 court le gros risque de se faire battre par un brelan supérieur si elle flope le brelan... et parce que quoi qu'elle fasse, elle fera un full dangereux ou une couleur dangereuse (sauf si Ah4h trouvent la couleur max au tableau final, sans doublette bien sûr, ce qui veut dire aussi main max).

Vous savez quoi ? Je jette toujours A-10-4-4 sauf si je dois payer juste le double du gros blind max. Au-delà c'est du temps perdu, du stress gagné, des jetons sacrifiés. Une fois de plus, j'ai gagné beaucoup de coups d'Omaha dans ce tournoi à cause de la mollesse de joueurs qui flopent deux paires même pas max, et qui ne trouvent rien ensuite, qui se font manger par ma quinte au 10. Beaucoup trop de joueurs se limitent à suivre le gros blind alors qu'il faut d'abord le relancer au maximum, donc au pot. Beaucoup de joueurs se maintiennent dans des coups avec un nombre d'outs ridicules alors que les bons joueurs ne s'y maintiennent qu'avec un double tirage et la paire max, au moins.

Je m'arrête là, je veux juste dire que j'ai été gros chanceux d'avoir fait mes armes en Omaha aux débuts de l'ACF quand ils organisaient tous les jeudis un tournoi à 1.000 F, auquel j'étais l'un des plus assidus.

Au bout de deux heures, ma table est éclatée et j'atterris à celle de Fabrice Soulier. Il est « conseillé » par JB Bot, là encore un vieux routier que je retrouvais en parties privées entre 1996 et 2000. En fait, Fabrice n'a besoin des conseils de personne mais en l'occurrence JB s'est assis pas très loin de lui pour commenter les coups. Fabrice a un petit tapis qu'il risque une fois sur trois, et cela fonctionne un temps.

A un moment donné, j'ai un tapis de 10.000 et je trouve 7-7 au bouton. On est au niveau 100-200, Fabrice relance à 600, je paie. Arrive un flop avec un Roi, Fabrice ouvre à 700, j'envoie 1.500, Fabrice tripote nerveusement ses jetons puis passe. Il n'est pas dans son meilleur jour, sans doute parce que ce tournoi n'est qu'un « tour de chauffe » pour lui. Il vise plutôt le Grand Prix de Paris, le « Big » à 10.000 de la semaine suivante.

A deux places à ma droite, Samantha Delmas (photo). C'est joueuse aussi jolie que calme est la personne qui a traduit Poker Harrington 1. Je l'ai choisie par sa connaissance du poker, car Sam a été floor pendant plusieurs années à l'ACF. Concentrée, serrée, elle se la joue Harrington effectivement, jeu conservateur et efficace. On la retrouvera en demi-finale. Vous voyez que mes traducteurs savent de quoi ils parlent !

Entre elle et moi, un jeune joueur aux cheveux bouclés et longs doté d'un tapis de 20.000 au moins. Il bataille avec un autre vieux briscard en face, Roger, que tout le monde connaît à l'ACF depuis le temps qu'il y traine sa stature impressionnante et son accent rocailleux. Quand l'un va à tapis avec 7-8 et force mots provocants, l'autre paie avec A-10. Et 7-8 gagne. Au coup suivant, Roger envoie à nouveau le tapis préflop, cette fois avec K-8, et le jeune paie avec Q-J. Cette fois la Dame rentre, et Roger sort du tournoi. Pour un tel comportement, il devait avoir une place réservée à la table de cash à 1.000, ou un rendez-vous, ou une migraine...

Une fois de plus ma table explose et j'atterris cette fois sur une table nettement plus relevée. Entretemps Fabrice s'est fait sortir, et mon tapis est monté à 13.000. Et je retrouve mon Eric, ainsi que deux têtes connues. Le jeu est plus maîtrisé en Omaha, plus agressif aussi. Les joueurs cherchent des effets de levier plus forts et poussent les jetons plus volontiers, dès le préflop, avec des mains à gros potentiel.

Pour ma part, je connais les pièges de ces coups souvent énormes mais ô combien difficiles. Pourtant je me trouve dans une main mal partie, avec Q-Q-A-10 en 2 couleurs, et j'envoie le pot préflop. Un joueur me renvoie le pot et je suis prêt à jeter mes cartes, quand je vois qu'il me relance seulement, de la moitié de mon enchère à cause d'un tapis réduit. Très bien, je paie. Il a une belle main, A-K-J-J, et aussi bizarre que cela paraisse, il trouve un As ET RIEN D'AUTRE au tableau. Il double à mes dépens avec son kicker roi.

Un peu plus tard, je suis au gros blind avec la poubelle grandiose 9-7-3-2 et un tapis de 7.600. C'est le niveau 300-600, ca commence à faire chaud aux fesses... Je paie un joueur qui a relancé au max UTG, donc à 2.100. Cela parait bizarre, je sais, mais je le vois bluffeur. Je flope 9-3-A et je checke. C'est deux paires mais en Omaha, c'est peu. Il prend ses jetons et les balance au milieu de la table. Aussitôt j'identifie inconsciemment le tell « jouer fort signifie faible », surtout de ce joueur, Serge, que je connais un peu pour l'avoir pratiqué (c'est une des stars de l'ACF). Contre un autre joueur, j'aurais jeté et gardé mes 4.500 pour la suite, mais là je paie. Et effectivement, il n'a aucune paire en main, seulement des tirages... La turn est un 3 qui me donne full et la messe est dite, je double mon tapis et j'élimine Serge qui avait, au jeton près, le même tapis que moi.

Six coups plus tard, c'est la dernière main avant la pause et nous sommes en hold'em. Il me vient J-J (encore une fois) et je relance au triple préflop, en milieu de parole. Le gros blind paie. Arrive le flop A-10-6, le gros blind envoie le tapis, la moitié du mien, et je paie immédiatement. Là encore, je sais, on ne doit pas le faire. Mais là aussi il a un tapis réduit et je ne le vois pas avec un As en main, ni plus que J-J sinon il aurait fait un check-raise. Effectivement il a K-Q, tirage ventral et deux cartes vivantes, mais comme j'ai deux Valets en main, il a deux fois moins de chance de faire quinte qu'il ne le croyait. Néanmoins je crains la Dame et me Roi, mais comme ni l'un ni l'autre ne vient au tableau, je prends une fois de plus un tapis et je passe à 17.000 quand le tapis moyen est de l'ordre de 15.000.

Pendant la pause, je prends mon habituelle orange pressée (en tout cas plus que moi) et je me rends compte qu'à aucun moment, sauf contre Serge, je n'ai mis en danger mon tapis. Autosatisfaction.

Ensuite le jeu reprend, Cyril saute sur un coup ponctuant une série de coup sur-agressifs, et on passe en demi-finale, donc à deux tables. Je retrouve à ma droite Samantha Delmas avec un tapis réduit et Eric, devant moi, avec 25.000 environ. Eric s'expose, sur sa lancée, aiguillé par deux joueurs de l'autre table qui possèdent des tapis dantesques de l'ordre de 80.000. Il prend un mauvais coup contre Sam : il part avec K-10 et trouve le flop K-J-4, puis 10, mais se trouve bloqué par une river qui donne trois cartes assorties, donc couleur possible. Sam attaque au final, il paie, et elle abat K-J sous-joués au flop. Ouch...

Quelques coups suivants, il a à nouveau la paire max, et envoie le tapis à la turn. Elle paie et abat brelan de 6, avec 6-6 en main et 6 au flop. Eric quitte la table, en réalisant sans doute qu'il aurait dû laisser couler les coups en payant les blinds pour laisser voir venir la table finale. Ma traductrice, elle, est passée en un quart d'heure de pataugeuse à gros tapis, avec 25.000 environ.

Moi, pendant ce temps, je me suis pris un mauvais coup aussi en Omaha, où malgré ma mauvaise position j'ai cru malin de relancer avec 8-8-6-6 bicolores, ce qui est une des mains qu'il faut éviter comme la mort. J'ai cru qu'il était bon de la jouer... j'ai attaqué au flop sans y avoir rien trouvé, pas même un tirage. Je suis relancé à tapis, je passe. Coup à la con dont je me serais bien passé car cette fois, les blinds sont gloutons : 500-1000, et il ne me reste que 6.000, autant dire une misère.

On est à présent 12 joueurs et je suis le plus petit tapis. Je sais que je vais devoir faire un move bientôt, simplement j'attends le bon moment. Et il arrive enfin... Je reçois A-K en hold'em, et j'envoie le tapis. A ma gauche, un joueur paie, et le gros blind aussi. Flop quelconque, check-check. Turn quelconque aussi, check-check encore. Jeu collaboratif pour mieux me sortir, on l'aura compris. River quelconque, une fois de plus check-check...

Je peux encore gagner à l'abattage, on en a vu de pires... Mais non, le joueur à gauche annonce « Couleur max » : il abat A-Q à pique, et la river a amené le troisième pique pour lui donner la main gagnante.  Le troisième larron n'avait que J-10, bref sans cette couleur je gagnais ce coup, je triplais et back in the business... Mais c'est la vie, et la prochaine fois je serai plus clairvoyant...

A chaque tournoi sa leçon, et cette fois ce sera : « Oh non, que c'est dur de sauter presque à la bulle ! » 12e sur 68, rien dans l'escarcelle, pas humilié, non, mais partir si près du but... si près du palmarès... c'est un sentiment que je n'aime vraiment pas. Je reste cinq minutes pour voir le troisième larron de mon coup sauter à son tour, après quoi je rejoins l'air douçâtre des Champs, il fait été au printemps et quelques promeneurs affublés de leur bimbo croisent mon chemin en ricanant. Je leur réponds mentalement : « Mon vieux, j'ai pas pris de rebuy ce soir, alors que 50 gars on recavé, et toc ! » Si j'avais sauté 9e, j'aurais pris 650, soit 350 de net, j'aurais été payé de ma soirée... Mais j'ai pris l'habitude de rayer le « si » de mon vocabulaire, alors je remonte dans ma voiture après avoir payé les 17 euros du parking George V. Et avant de me préparer pour le prochain satellite de lundi.

Commenter cet article

loic 14/05/2008 15:57

tres sympa ce CR effectivement, je decouvre le omaha actuellement et qq petits conseils me seront fort utiles !

KiNgKoNg 12/05/2008 21:49

Sympa à lire ton compte rendu !
VGG et dommage de finir si près du but..
La prochaine fois ptèt !
Mais ce tournoi mixed game doit être passionnant.