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Poker
Nana |
De septembre 1992 à mars 1995, j’ai tenu une rubrique régulière consacrée au poker dans le trimestriel Turf &
Casino Magazine, « Poker Tips ». C’est, à ma connaissance, la première rubrique régulière de l’histoire, en français, consacrée à notre jeu de prédilection. Par hasard, en mettant
de l’ordre dans mes articles, je suis retombé sur ces professions de foi… que j’ai relues intégralement.
Je les avais oubliées depuis longtemps, et c’est avec l’œil neuf du lecteur lambda que j’ai redécouvert ces mots qui datent de plus de 15 ans pour certains… et je ne vous dis pas le
coup de vieux ! Pour moi, bien sûr, mais aussi pour le poker lui-même, car on mesure tout le chemin parcouru depuis.
Je rappelle qu’à l’époque, le téléphone portable n’existait pas… et internet non plus. Je sais, ça paraît impensable de POUVOIR SEULEMENT VIVRE
sans ces deux éléments essentiels de la vie actuelle, mais que voulez-vous, j’ai mon âge et je fais avec… Quand il fallait appeler sa copine en voyage, on descendait de voiture devant une cabine
téléphonique… l’horreur ! Et il n’y avait personne qui vous appelait impromptu toutes les heures pour vous demander sur un ton mielleux ou péremptoire, c'est selon : « T'es où
? » La liberté, quoi…
Quant à internet, nous autres Français avions quand même le Minitel, et la « télématique », comme on disait à l’époque, tournait à pleins tubes et faisait déjà quelques millions aux
petits malins qui y avaient investi. Il y avait même un service consacré au poker, 3615 BLUFF, mais j’avoue ne plus me rappeler ce qu’il offrait… en tout cas, pas des parties en ligne,
plutôt des concours avec des lots à gagner.
Bref, je referme cette parenthèse et je reviens dans le temps présent – mais pas de forfanterie, s’il vous plaît : sachez que nous passerons pour de gentils ringards à ceux qui nous
jugeront dans 10 ou 15 ans… Eh eh… En revenant sur mes 10 articles écris pour Turf & Casinos, donc, j’ai pu retrouver celui qui était consacré à mon PIPCF : Projet
d’Introduction du Poker dans les Casinos Français. J’y travaillais depuis juillet 1992, date à laquelle j’ai participé à mon premier tournoi international, le « Festival of
Poker » de Londres… où les joueurs donnaient eux-mêmes les cartes (je vous jure que c’est vrai, j’y étais !)
Dès lors, voyant comment le poker marchait bien, autant de l’autre côté du « Channel » qu’en Autriche, j’ai voulu monter un dossier pour introduire le poker en France. Je l’ai fait
et je l’ai même présenté au (Syndicat des) Casinos de France… qui l’a reçu poliment, et c’est un euphémisme. Réponse habituelle, un rien goguenarde et amusée (je ne faisais pas partie du
sérail, vous comprenez) : « Mais vous savez, cher monsieur, que le poker ne fait pas partie des jeux autorisés par l’autorité de tutelle » - en l’occurrence le Ministère de
l’Intérieur. Evidemment, que je le savais ! C’est bien pourquoi je présentais ce dossier !
En 1969, quand le blackjack et le craps ont été ajoutés aux jeux de casinos en France, j’imagine bien qu’il a fallu un dossier quelque part émanant des casinotiers eux-mêmes, pas de la
tutelle qui n’a que faire des nouveaux jeux tant qu’elle régule tout ce petit monde. C’est cela que je voulais faire avec le poker. Seulement voilà : en 1992, 1993, c’était beaucoup trop tôt
pour que les casinos comprennent l’intérêt de ce jeu, d’autant qu’ils installaient depuis trois-quatre ans de l’or en barre dans leurs établissements, à savoir les machines à sous. Moi, je voyais
le poker de l’intérieur, et même avant internet, je savais qu’il y avait une satanée montée en charge en cours… Mais c’était 10 ans trop tôt et les casinotiers ne m’ont pas attendu avant
de retourner à leurs bandits manchots.
Où je veux en venir ? Je veux simplement vous inviter à un voyage dans
le temps, une quinzaine d’années en arrière. Et vous convier à la lecture de ce PIPCF tel que je l’ai publié dans Turf & Casinos, en juin 1994. Comme le texte est relativement long
(7 feuillets), je l’ai coupé en deux parties. Ce sera une lecture « archive » comme on en fait souvent pendant les vacances. Mais attention : pour se replacer dans le contexte il
faut se souvenir que le poker était prohibé à peu près partout en France, et synonyme de jeu de truands… Et pour me faire pardonner certaines naïvetés de ce texte, il faut se souvenir aussi qu’il
s’adressait à des lecteurs pas toujours spécialistes (on a estimé que 10% du lectorat de T&C jouait au poker) et que, surtout, je prêchais seul dans le désert. J’ai bien dit :
seul…
Juin 1994
Projet d’introduction du poker dans les casinos français
(dernière chance)
Depuis “Turf
& Casino Magazine” n°13 de septembre 1992, je ne cesse
d’appeler de mes voeux l’introduction du poker dans les casinos français. J’ai fait
parvenir un dossier complet aux autorités de
tutelle et aux gros casinos, sans pour autant recevoir de réaction positive, hormis de
rares casinotiers. Il est temps d’enfoncer le clou
une fois pour toutes - la dernière peut-être.
POURQUOI UNE
TELLE ABNÉGATION ?
Ne nous trompons pas d’objectif : nous autres
pokermen ne cherchons pas plus à faire la fortune des casinos français que de
leurs confrères étrangers. Simplement, comparons les deux situations,
l’actuelle et la souhaitable (je reprends ici certains éléments qui figurent dans mon livre “Poker Gagnant
2”).
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situation actuelle (poker en privé) |
situation souhaitable (poker dans casinos) |
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JOUEUR |
• pénurie d’adversaires • impossible de quitter la table sauf quand on perd • tricherie fréquente • paiement des gains non garanti • prestation rarement gratuite (prélèvement ou forfait) • matériel rarement adéquat (cartes, jetons, tapis...) |
• adversaires multiples et renouvelés • on peut quitter la table à tout moment • tricherie présumée impossible grâce aux employés • paiement des gains garanti • prestation au prélèvement + droit d’entrée • matériel “étudié pour” |
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CASINO |
• crise de l’emploi • recherche de clientèle • offre de jeux parfois réduite
|
• création de nouveaux postes • nouvelle clientèle (pokermen + habitués convertis au poker) • élargissement de l’offre |
L’introduction du poker dans les casinos
a pour principal avantage de protéger le joueur de poker contre
les multiples arnaques qui infestent ce milieu. Le poker en casino, c’est :
- la fin des pigeons à plumer;
- la fin des tricheurs;
- et surtout, l’obligation, pour gagner, d’être vraiment le meilleur.
C’est finalement, rendre un immense service au poker en
général.
On imagine le joueur de poker qui a téléphoné, en vain, à tous ses adversaires habituels pour monter une partie. Désœuvré, que fait-il ? Il se rend au clandé le plus proche
où il se fera pigeonner. Le milieu n’est pas loin, lequel, pour
l’ “aider” à
payer ses dettes de jeu, lui propose de transporter de la drogue... ou autre délit. Le
scénario est banal et triste à mourir, il se produit tous les jours dans la
capitale. Si le poker était exploité en casino,
l’homme s’y serait rendu et aurait étanché sa soif de jeu avec des chances honnêtes de
sortir gagnant car le jeu ne peut y être truqué.
Le principal avantage pour le casino réside dans le renouvellement
de l’offre faite au joueur. J’ouvre ici une parenthèse qui fait référence à l’interview instructive du président de “Casinos de
France”, Pierre Ginoux, parue dans notre n°19, p. 36 :
“Cela fait quelque temps que nous essayons d’obtenir de nouveaux jeux de
table”. Et de citer le “Carribean Stud”, jeu très actif inspiré du poker.
Hélas, il en reste très éloigné et ne peut être
considéré par les pokermen que comme une forfaiture (cf notre
n°18, p. 48). Le mieux, quitte à introduire de nouveaux jeux, serait
d’adjoindre au Carribean Stud le VRAI poker, comme nous le proposons ici.
D’autre part, les joueurs de poker
réguliers récusent en général les jeux de casino. En leur ouvrant leurs portes, c’est une clientèle nouvelle qu’accueilleront les casinos.
Nouvelle... et pas à cours d’argent, loin s’en faut.
Le poker de casino est un jeu convivial, souple, une vraie détente, d’où
bien sûr la stratégie
n’est pas absente, comme le prouvent les demi-finales des tournois, où se
retrouvent toujours les mêmes joueurs. Il présenterait
l’autre avantage de prendre le relais du chemin de fer, aujourd’hui
à l’agonie. Aux casinotiers qui s’accrochent à ce jeu, donc qui le considèrent comme
rentable malgré tout, je veux dire ceci : une table de poker rapporte 5% des enjeux totaux; une table de chemin de fer
n’en rapporte que 2,5% (c’est-à-dire 5% des gains du banquier). Autrement dit, le poker est deux fois plus rentable à
l’exploitant que le chemin de fer... et sûrement pas moins générateur de pourboires, car quand un
joueur remporte un pot énorme, il se fait un plaisir d’en laisser quelques
miettes à l’employé, et
cela à chaque coup gagné.
Si mon lecteur pense que ce sont ici des élucubrations,
qu’il se rassure : je ne fais qu’exposer ma propre expérience des tables de poker des États-Unis, d’Autriche et de Hollande. Celles d’Angleterre sont un peu différentes car les pourboires y sont interdits. Mais il est une chose commune
à toutes ces tables : l’ambiance, l’engouement des joueurs. Le poker de casino, lorsqu’il est géré par des
employés compétents, est plein de suspense et de verve. On ne
s’y ennuie jamais !
QUEL POKER CHOISIR ?
Il faut introduire un poker qui soit à la fois pur et de gestion
simple pour l’exploitant. Cela écarte d’emblée le poker
fermé, trop exposé aux éventuelles tricheries. D’autre part, l’expérience montre que le poker ouvert est le plus adapté au jeu en casino.
Le meilleur est sans conteste le “Texas
hold’em”, ou “Las
Vegas”. Je rappelle que chaque joueur reçoit deux cartes
fermées en main, qu’il marie avec cinq cartes communes,
découvertes progressivement (pour plus d’informations, cf. notre
n°15, p. 54). Si vous êtes sceptique, j’indiquerai seulement que ce poker est celui qui prévaut au Championnat du Monde,
qu’il pèse pour environ 60% des tournois américains et que c’est sans doute le plus passionnant de tous les pokers.
Le Texas hold’em est à mon sens le plus pur et le plus technique, tout en étant, pour le croupier, le plus
léger en manipulation. J’ajoute qu’un joueur habitué au poker fermé y
“accrochera” très vite, tout
comme le débutant, car, comme tout bon poker, les règles y sont simplissimes;
c’est la stratégie qui est complexe.