WSOP 2009, acte poker 4

Publié le par jokerdeluxe

En-dehors du poker, on trouve plusieurs journaux gratuits à Las Vegas : What’s On, Las Vegas Weekly, Vegas Rocks, City Life, 24/7, et sûrement d’autres que je n’ai pas trouvés. Mais le plus informatif, qu’on pourrait comparer par son contenu à ParisScope ou à L’Officiel des Spectacles, c’est What’s On. Je vous recommande son site internet.

Il s’intéresse à tout, y compris au jeu bien sûr. Par exemple, il fournit la liste de toutes les poker-rooms de Vegas avec le nombre de tables pour chacune. On y apprend aussi qu’il y a 27 centres commerciaux, 10 spectacles de magie, 4 revues réservées aux femmes (style Chippendales), 4 spectacles d’hypnose, etc. On y trouve même les 17 lieux pour apprendre le poker, avec l’heure, l’endroit et le prix, et je me dis que j’aurais un boulot monstre si j’habitais à Vegas !

Vous connaissez Guy Laliberté ? Si vous avez déjà vu High Stakes, cette émission télé de cash-games, vous ne pouvez pas l’avoir loupé. C’est un Québécois qui joue gros, un de ces « non-pros » comme les pros les adorent. En l’occurrence, le personnage, qui a créé le Cirque du Soleil il y a une vingtaine d’années est partout à Las Vegas. Il a trois spectacles simultanés : Ka, Believe et Beatles’ Love. Les trois font évidemment un carton, et on comprend mieux qu’il se soit forgé une bankroll solide. Il faut dire aussi que ces shows sont grandioses et il le mérite, le Guy…

Pour ma part, je suis allé voir le Blue Man Group, curieux de l’affiche, et j’ai été subjugué. Ne le ratez pas si vous traînez dans les parages, vous serez scotché. Ce spectacle réunit humour, insolite et illusions d’optique avec des moyens technologiques époustouflants… et pourtant, les 3 protagonistes ne disent pas un seul mot… C’est au Venetian.

Je me suis aussi fendu d’une visite à l’expo Bodies… corps humains réels, au Luxor. Je voulais vaincre mon mal à l’aise et surtout me faire ma propre opinion sur cette expo tant décriée. Maintenant, je l’ai, ma propre opinion. En-dehors des conditions dans lesquelles ces corps ont été récupérés et sur lesquelles je ne sais rien, l’expo est elle aussi impressionnante. Voir le corps humain de si près, avec muscles, tendons, viscères, cerveau réels, c’est à tomber par terre. Les textes sont totalement cliniques, pédagogiques en diable, et je pense que la levée de boucliers qu’il y a eu en France à propos de cette expo émane de personnes qui ne l’ont probablement pas vue.

Sur le Strip, côté est, entre le Planet Hollywood et le Wynn, c’est deux bons kilomètres de trottoirs pris d’assaut chaque soir, avec à chaque casino des haut-parleurs réglés sur le maximum autorisé. Je ne vous étonnerai pas en vous disant que le morceau repris par tous est « Poker Face » de Lady Gaga, dont il existe déjà des remix. En marchant vers le Wynn, au niveau du Harrah’s, le trottoir décroche sur la droite vers des stands de camelots et passe devant une discothèque largement ouverte, avec son classique bar en rond au milieu. On ne peut pas faire autrement que d’être happé par l’agitation et le fun de l’endroit… même les paralytiques ont des fourmis dans les jambes.

Mon séjour touche à sa fin et voilà, je ne pense déjà plus au poker car je me donne une respiration, après n’avoir fait que ça tous les jours pendant 12 jours consécutifs. Evitons l’overdose…

Les boutiques des WSOP éparpillées m’ont conduit avant-hier à mon dernier tournoi WSOP, le hold’em pot-limit à $1.500, qui a réuni plus de 600 joueurs. Ma table était au bout de la salle Amazon, table n°8, secteur bleu, et je me suis assis avec 15 minutes de retard contrairement à mon habitude. Il y avait du monde au buffet pour mon brunch juste avant…

Tapis 5.000, niveaux d’une heure comme d’habitude, entame à 25-50. Ce n’est pas un deep stack, mais la durée des niveaux permet de voir venir sans se presser. Pendant la première heure, j’ai pu assister à un ballet d’un joueur barbu deux places à droite qui n’a fait qu’arroser la table. Il n’a pas manqué une seule attaque au pot au flop. A ma droite, un jeune joueur qui s’est fait sortir par inexpérience. Il a A-K, bravo, et trouve son As au flop A-10-9. Il attaque donc au max, et il est payé. Ensuite vient un rag, il attaque encore, cette fois aux ¾ du pot, mais se fait relancer à tapis par le barbu. L’attaquant paie sans l’ombre d’une hésitation. L’autre avait A-10, comme on pouvait s’en douter – je veux dire qu’on pouvait se douter qu’il battait une paire. Il a joué sur son image loose et ça a payé.

Sur ma gauche, un joueur d’une soixantaine d’années d’origine indienne pratique un jeu serré-agressif. Quelques coups plus tard, sur un flop bicolore, il part à l’attaque à fond, se fait relancer, et envoie le tapis. L’adversaire paie et abat le brelan. L’attaquant a paire et tirage à couleur et touche à la river. Et bing, deuxième joueur dehors, et deux joueurs qui doublent dans la première heure.

Pour ce qui concerne, j’encaisse un petit pot dans ce laps de temps, avec A-Q que je relance préflop. Etant suivi par le barbu, j’attaque au pot sur le flop K-7-3 et il passe. Bon pour mon image. Je me dis que si je gagne au moins deux ou trois petits pots comme ça toutes les heures pendant la première journée, je devrais être respecté et tenir mon jeu sans trop de difficultés. Mais c’est toujours une chimère : on ne contrôle pas à ce point la taille du pot, on le sait bien… Il y a toujours un adversaire pour en vouloir plus que vous et envoyer ses jetons…

La deuxième heure amène un surplus d’activité avec deux joueurs agressifs qui ont remplacé les deux éliminés. La table devient hyper-active alors que, ne l’oublions pas, les niveaux durent une heure et qu’à cet instant, le M moyen est de 35 environ. Un coup sur deux, un transfert de fonds a lieu d’un joueur à un autre. Trois gros tapis dépassent les 12.000… J’ai rarement vu de telles différences au bout de si peu de temps…

Cette fois, je ne gagne pas de coup dans cette première heure. J’en perds même un, avec 10-10 que je relance au bouton, le surblindeur me paie (toujours ce fameux barbu). Il attaque au pot sur le flop A-Q-3. Il se peut qu’il bluffe, et si c’est le cas, je m’incline. De toute façon, je ne peux pas suivre. Un autre coup du même modèle me fera encore perdre 350 de plus.

Après la première pause, je reviens en jeu et j’assiste encore au même ballet d’attaques et de contre-attaques. Je ne connais aucun de ces joueurs mais ce que je sais, c’est que ce sont des larges-agressifs de premier ordre. J’imagine qu’ils ont une bonne lecture et choisissent leur adversaire car ils attaquent l’un après l’autre, rarement deux à la fois. Moi je joue la carte du conservateur. De cette manière, ils savent que si j’attaque, c’est avec du gros matériel.

Arrive A-K que je touche en milieu de parole. Il me reste 4.000 et les blinds sont de 75-150. C’est le moment de monter au créneau. Je relance au pot, soit 375, et le bouton me paie. Arrive ce flop : A-K-7 tricolore. Je ne pouvais guère rêver mieux, car si l’adversaire a un As, il sera tenté de suivre. Mais je ne veux pas non plus sous-jouer cette main. En pot-limit, il vaut mieux prendre le pot quand il est là. Donc j’attaque à la hauteur du pot, soit 975. Il me relance au pot, soit… mon tapis. Ce joueur a joué serré jusqu’ici, il a défendu ses mains, aussi je ne le vois pas avec brelan d’As ou de Rois sinon il m’aurait sur-relancé préflop. A-7… cela m’étonnerait de lui aussi. Alors qu’a-t-il ? A-K comme moi ? Ou tente-t-il un contre-continuation bet avec une main comme A-Q ? Il peut se le permettre, il a un tapis de 11.000… Ce serait risqué de sa part, mais comme il sait que je joue conservateur, il peut imaginer que je vais passer avec une paire d’As…

Je paie donc à hauteur de mon tapis. Il abat l’inattendu 7-7, qui lui donne brelan, je n’améliore pas et je suis éliminé… Un de ces accidents qui ne pardonnent pas. Il me fallait un move, il est arrivé, il m’est fatal. That’s poker.

J’aurais pourtant bien aimé gagner ce tournoi, ou aller en table finale, ou faire une place payée, ou faire le 2e jour, au moins… Ce sera peut-être pour l’an prochain. Mon bilan 2009 n’est pas brillant (4 engagements, aucun cash, aucun 2e jour) mais je me suis battu comme je devais le faire, et à part ce 4e tournoi qui tourne court pour moi, j’arrive à des places honorables en fin de première journée même si je ne cashe pas. Et côté cash-games, je suis gagnant d’un gros millier de dollars. Une petite compensation qui me donne encore envie de revenir l’an prochain. Quand je fais mon calcul, je m’aperçois que pour le prix d’un tournoi EPT, j’ai eu deux semaines à Las Vegas et 4 participations aux WSOP, tout compris. J’en ai donc eu pour mon argent.

De retour à l'hôtel, je passe par le Bally's, qui organise un tournoi de vidéo-poker... 80 machines alignées, avec des inscrits qui attendent à côté, et un speaker le micro à la main prêt à faire crépiter les enceintes... J'avais entendu parler de ce type de tournois mais je n'en avais jamais vu. C'est chose faite...

Plus tard au Wynn, je rencontre un vieux copain de parties privées, connu comme le loup blanc ici. Il a cashé 2 fois cette année aux WSOP, en 3 participations. Cet harringtonien dans l’âme est un bel espoir français et il a cette prophétie : « Je suis bon, mais tu l’es aussi, et crois-moi, tu casheras un jour, et gros. » Là-dessus, on est allé s’asseoir au cash-game pour se détendre. Lui, il reste encore deux semaines. Pour ma part, bon vieux casanier, je n’aime pas rester loin du bon territoire français trop longtemps, aussi je suis content de revenir, comme je l’étais de partir. A bientôt donc pour de nouvelles aventures…

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Photos de mes adversaires et de moi-même aux 3 premiers tournois WSOP :

http://www.printroom.com/ViewGallery.asp?userid=worldseriesofpoker&gallery_id=1581886

http://www.printroom.com/ViewGallery.asp?userid=worldseriesofpoker&gallery_id=1586086

http://www.printroom.com/ViewGallery.asp?userid=worldseriesofpoker&gallery_id=1591064

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