La ville qui ne dort jamais

Publié le par jokerdeluxe

Le propre des blogs est, vous l'avez remarqué, de permettre à son auteur de se confondre en excuses à chaque fois qu'il n'a pas eu le temps d'écrire son article. Ca se reproduit encore et encore, c'est que le début, d'accord d'accord. Mais nous y voici : l'été a été tellement chargé et intense pour ce qui concerne la maison Montmirel qu'il m'a même été impossible de couvrir mes sujets favoris. Récapitulons les quelques pantalonnades auxquelles je me suis attelé dernièrement :
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- signature du premier catalogue US de livres de poker (TwoPlusTwo pour le nommer)
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- signature du deuxième catalogue US de livres de poker (Cardoza pour le nommer)
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- plongée en mode 20.000 lieues sous les mers (la profondeur que je préfère) pour terminer à temps le redoutable POKER CODE, finition en septembre, parution en novembre, 350 photos à peu près
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- assurer la pédagogie non pas d'un mais de DEUX stages de poker au Brésil, le Caponga Poker Camp, que je ne présente évidemment plus
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- mise en place du programme d'édition de Fantaisium, ma nouvelle marque d'édition qui va chapeauter dorénavant tout ce que je vais écrire, traduire, et même publier via d'autres auteurs, à commencer par ces plaisantins que sont Harrington, Brunson et Slansky (désolé, Caro n'en fait pas partie, du moins pour l'instant) ; et aussi des auteurs français (infos bientôt)
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- mes vacances perso, soit un quinzaine près d'Angers en famille, où j'ai pu lors d'un jour de pluie me repaître de l'excellent film que je recommande même à ma concierge, à savoir Ratatouille
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- la continuité des cours de l'Ecole Française de Poker, qui exigent toujours plus d'acuité et de contacts avec les grands champions que sont Isabelle Mercier, Greg Raymer et consorts, experts en titre de l'EFP - il y en aura d'autres, soyez sans crainte, je ne m'arrête pas en chemin
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- j'en oublie ? peut-être ? ou plutôt, à coup sûr !
 
Peu importe. En ce moment mon avion de Fortaleza, Brésil, file vers Lisbonne, Portugal. Je viens d'avaler un repas qui gouleye encore mais cela n'est qu'un épiphénomène dont je vous ferai grâce...
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Retournons dans l'autre sens, vers l'ouest, et retrouvons-nous maintenant à Vegas. Il fait 48 degrés. Je sais c'est impossible, mais à Vegas rien n'est impossible, même pas une telle température ! Car c'est une ville qui se construit par des types qui ignorent complètement qu'une chose est impossible, donc ils arrivent un jour ou l'autre à la faire.
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Donc Vegas, désert du Nevada.
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Je cours. Un ch'ti footing. Je cours du Rio vers Fremont Street, Horseshoe, là où les WSOP ont vu le jour il y a 37 ans. En fait j'exagère un peu car je suis parti du Rio, sur le coup de 7 heures du matin. Il doit faire plutôt 28 degrés. Les 48, c'est à partir de 13 heures environ. Le Rio est l'hotel qui accueille les WSOP. Il se trouve au sud du Strip, le boulevard principal de Vegas, sur une artère poussiéreuse et industrielle qui le coupe, dotée du nom angélique de Flamingo Road, la route du flamand rose. De ma chambre je vois au loin le Bellagio et l'immense façade du Flamingo hotel & casino, exhibant une magnifique chanteuse, Toni Braxton.
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Le Flamingo a été le premier grand casino de Vegas. Celui qui a initié le rêve fou de Bugsy Siegel en 47. Ce patron de mafia avait un pote un peu à part, Ice Pick Joe, dont la spécialité était de surgir derrière la proie pour lui enfoncer un pic à glace d'une oreille à l'autre, ce qui avait pour conséquence de l'envoyer illico ad patres. Autres temps, autres moeurs. L'accueil à Vegas aujourd'hui est plus chaleureux. A peine arrivé, vous tombez sur un bar rond où des serveuses en tenue à peine décente dansent alternativement sur les tables avant de vous apporter votre coca.

les serveuses dansent à tour de rôle sous le nez des joueurs

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Bref, je longe le Caesar's Palace, plus long et improbable que jamais, avec ses statues de marbre mélangeant sans vergogne les diverses mythologies antiques. Le Mirage prend le relais, avec cette galerie commerciale qui donne directement sur le trottoir. Une palanquée de palissades prend la suite des boutiques, un autre casino dont j'ai oublié le nom. On sent que la zone marketée est dépassée.
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Puis, enfin, beaucoup plus au nord, la Stratosphère, cette tour en forme de cubitus qui lance une boule vers le ciel et marque le carrefour du Las Vegas Blvd (le Strip) avec Main Street, que j'emprunte en obliquant vers l'ouest. Main Street veut dire "rue principale", du moins celle d'autrefois, car celle d'aujourd'hui c'est le Strip. Lequel est resté longtemps la voie la plus rapide pour traverser Vegas, mais aujourd'hui le Strip lui-même est doublé par une autoroute qui le longe.
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Enfin arrive le Vegas d'hier, suite sans interruption de (dans l'ordre que vous voulez) garagistes, parkings, terrains vagues, Gamblers Book Shop, lodges, hôtels borgnes... Quelques boutiques vintage, de l'industriel branché. Beaucoup sont fermées, et pas seulement pour raison de congés. C'est long, c'est long, c'est long. Je me sentais en forme au départ, prêt à aller au-delà de la limite de North Las Vegas au besoin, et me voilà les jambes chavirantes, les orteils cabossés... mais je continue. Ca brûle sous la semelle. J'évite juste de trop rebondir sur l'asphalte, ça fusille les vertèbres. Je préfère le sable de la plage de Caponga, sur le même continent même nettement plus au sud, qui offre un revêtement frais et légèrement mou.
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Enfin au loin apparaît une enseigne que je connais bien, celle du Fremont, qui marque l'extrémité de la rue du même nom. Elle vire vers la droite à angle droit, tout de suite piétonne et couverte de cette voûte fraîche unique au monde, le Las Vegas Experience. J'y arrive enfin. Mais n'ayant pas pris le moindre dollar, je me trouve assoiffé sans possibilité d'acheter une canette de quoi que ce soit. Tant pis pour moi, tant pis pour mes lèvres qui tombent en lambeaux. Je marche essoufflé, entre les laveurs de carreaux, les flics en vélo et les clodos si déglingués qu'ils ne vous demandent même plus un cent.
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Le centre-ville de Vegas (Downtown Las Vegas), au nord, est devenu au fil des années au cloaque dont l'oasis est sans discussion une seule rue, ou plutôt un tronçon de deux cents mètres à peine d'une rue, Fremont Street, protégée sous la voûte à dessins animés. Elle ressemble dès lors à une large galerie marchande où les casinos sont constamment ouverts en grand. Devant l'effondrement du business, ils se sont regroupés et ont créé un site internet, http://www.vegasexperience.com.
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Les petits casinos du début de la rue ont été remplacés par des « men's clubs », au hasard bars à putes, danseuses de lap dance et pipes en terre pour papa. Mais pas gratuites. On s'en fiche, j'ai trop soif, et c'est en sueur que j'entre dans le Horseshoe (qui n'est plus le Binion's Horseshoe depuis son rachat par Harrah's en 2004), sous l'oeil paternel d'un vieux vigile. Ce n'est pas dans un casino français qu'on verra un jour entrer un coureur à pied dézingué et coulant de transpiration. Las Vegas folie.
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A cette heure matinale je croise les croupières qui se hâtent vers le pavillon de banlieue pour mettre le gamin à l'école. Elles n'ont même pas eu le temps de se changer, certaines nettoient leur uniforme par elles-mêmes. Certaines sont hyper-sexy, ce ne sont pas des croupières mais des barmaids. Toutes finissent leur « graveyard shift », le premier des trois huits, tant détesté des personnels jeu, qui démarre à minuit. Celui qui fabrique le plus de malades mentaux et de dépressifs. Celui où les clients déraillent le plus, les ivrognes sont les plus nombreux et où on se prend le plus d'oxygène pur dans les bronches au hasard des machines crépitantes et des tables de blackjack et de punto banco.
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Dans les toilettes, je me rafraîchis en me demandant comment je vais revenir au Rio. J'ai des ampoules plein les orteils, comme me le confirme un rapide checking. Vegas me casse les pieds à la longue. Tant pis. Je me console en longeant le Hall of Fame et en m'arrêtant devant celui que je préfère parce que c'est le seul qui ait vraiment gagné trois fois WSOP le main event, le génie maudit du poker, celui dont il ne faut surtout pas suivre l'exemple : Stu Ungar. L'homme à tête de gamin, celui qui pouvait restituer dans l'ordre et sans se tromper la moitié d'un sabot de blackjack (soit 156 cartes) alors que TJ Cloutier, un autre génie, fait déjà beaucoup en répliquant la prouesse sur 26 cartes, soit un demi-jeu.
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Retour via le Strip, plein sud, trottoir de gauche. Le Sahara est transpercé à plusieurs endroits d'une ligne de montagnes russes que j'ai du mal à décrire (alors je laisse tomber). Le Sahara est le survivant du secteur et ses plantations extérieures sont grandioses. Allez donc le voir, cet endroit est charmant.
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A vrai dire, c'est dans cette zone que se trouvaient les casinos les plus mythiques du Vegas des années 50, le Sands en tête. Rasés, effacés de la carte. Puis viennent des chapelles qui n'en ont que le nom et où vous pouvez aussi vous marier en moins d'une heure. Puis des hôtels de plain-pied avec une piscine hors terre plantée à dix mètres du boulevard. Puis vient le Wynn's. Une façade qui n'a plus rien d'une façade tant elle est longue et décalée par rapport au trottoir. Devant le Wynn's se trouve un talus de la hauteur d'un cocotier et d'une longueur de quatre cocotiers, planté de toutes sortes de végétaux. Derrière se trouvent les tours en arrondi de cette construction à part, chambres, salles de jeu, et golf. Le plus beau de la ville.
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Après le Wynn's, toujours au sud, une galerie commerciale avec des prix cassés. On sent la quartier populaire. Puis, une fois de plus, des palissades qui n'en finissent plus et qui camouflent mal une activité de construction intense, avec grues, pelleteuses et équipes au travail. Le chantier est énorme et profond. Des fondations se précisent, et si j'y marche je tombe dans un trou qui fait bien dix mètres de fond. Dans une terre sableuse jaunâtre il se trame ici quelque chose de grandiose, d'immense, de jamais vu. Je n'ai pas pu savoir quoi.
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Flamingo road à droite, et Rio. Les bouffées d'air brûlant arrivent dans mes bronches. Mes jambes me font mal. Tant pis, je l'avais prévu. Enfin presque. J'avais juste oublié qu'il y avait non pas 5 mais 10 kilomètres entre Rio et Horseshoe. Une paille.
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C'était le matin du 29 juin 2007, avant que j'attaque mon premier tournoi WSOP donc je vous ai déjà raconté les détails.

Publié dans Mes tournois

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FMontmirel 04/09/2007 22:12

Nous n'allons pas nous limiter à ces catalogues. Par ailleurs il y aura bien une préview de Poker Code.

Jacky Bauer 03/09/2007 12:06

Super article d'ambiance et grandes nouvelles !!
Y aura-t-il d'autres traductions prévues que celles déjà annoncées chez 2+2 et Cardoza ?
Est-ce qu'on aura une preview de Poker Code avant la sorties ?

dioscure 03/09/2007 10:31

tres bon article...