Coup de poker pour le président Sarkozy

Publié le par FMontmirel

 C’est bien la première fois que je parle de politique dans mon blog, en presque 5 ans d’activité ! Mais peu importe.

Le président Sarkozy vient de remanier son gouvernement, comme il s’y était engagé au printemps. Il avait annoncé qu’il le ferait « après la réforme des retraites ». C’est fait, avec 2 éléments principaux :

- reconduction de l’ancien premier ministre François Fillon (si ma mémoire est bonne, ce sera la première fois, sous la Ve, qu’un même PM restera tout le mandat, à mois qu’il change en cas de force majeure d’ici-là)

- resserrement du gouvernement à 15 ministres

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Quel rapport avec le poker me direz-vous ? Enorme.

Quelle que soit votre obédience, mettez-vous une seconde à la place du président. Il cherche, comme tout animal politique dominant, à se faire réélire en mai 2012. Il est bas dans les sondages, il s’est pris une mega bombe en pleine figure avec cette crise financière, qui a cassé tous ses beaux projets de réformes et qui l’a contraint à prendre des décisions parfois contradictoires, et presque toujours impopulaires. Il réussit plutôt bien à l’international (Europe, G20…) mais les Français n’en ont cure : c’est leur vie quotidienne qui compte. Résultat : impopularité accrue. De plus, il a choisi, en bon libéral, la relance par l’investissement à la relance par la demande. Rien de mieux pour se faire lyncher. Cela paiera peut-être mais cela ne paiera peut-être pas.

Transposition pokérienne : vous venez de passer la bulle et vous êtes en table finale. Vous avez le 1er ou le 2e tapis, et ceux qui ont moins que vous n’ont aucune chance avec leur M de 2. Vous savez donc que l’un de vous deux va gagner. Or, ce fameux tournoi, c’est vous qui en avez gagné l’édition précédente. C’est vous le tenant du titre. Allons-y à fond dans la comparaison : vous êtes Doyle Brunson en 1980 contre ce morveux de Stu Ungar, ou Johnny Chan en 1988 contre cet échalas d’Erik Seidel (vous avez dit main event des WSOP ?).


 

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Et là, vous devez prendre une GRANDE, une très GRANDE décision. Vous avez tirage à couleur max au flop, vous avez la position, vous avez relancé préflop avec :Ah :Qh  et vous devez maintenant vous décider : semi-bluffer ou pas sur le flop :Th :7h :3c. L’ennui, c’est que l’adversaire a déjà fait un blocking-bet, et c’est très ennuyeux, ça. Mais vous avez du jeton. Vous avez de quoi payer la mise, cela ne vous prend que le tiers de votre tapis. Tandis que si vous envoyez le tapis et si l’adversaire a brelan, vous êtes derrière, alors que s’il a une paire de Valets ou moins, vous êtes devant. Pas de beaucoup, mais en France, quand une élection présidentielle se joue à 2% comme en 2007, on dit que le gagnant a été élu par une « large majorité » ! Alors vous pensez, si vous menez par 54%, ce n’est déjà plus un coin-flip !

Dès lors, vous pouvez décider d’acheter la turn pour le tiers de votre tapis. Si c’est un cœur, vous l’explosez. Si c’est un As ou une Dame, vous allez probablement devant, et si c’est autre chose, de toute façon, il vous reste vos cœurs. Cette tactique, ce serait celle de choisir Borloo comme Premier Ministre. Borloo ratisse large : des écolos au centre droit. C’est un modéré imaginatif, il plaît à la population avec ses faux airs d’ahuri génial, sorte de lieutenant Columbo qui revient toujours à la fin pour dire son fameux « J’ai oublié juste une petite chose » et qui vous explose quand vous vous croyiez gagnant. A coup sûr, c’est une bonne carte pour terminer le mandat. Seulement voilà : l’UMP l’aime moyen. Pas assez radical. Et il y a dans la population un vieux fond girondin qui, justement, avait fait élire Sarkozy en 2007. Alors que Fillon, lui, représente la continuité dans l’effort et dans la stabilité à droite.

C’est cette dernière carte que le président a finalement choisie. Celle de la reconduction de François Fillon, confirmé dans ses fonctions de Premier Ministre modérateur d’une majorité en remous. Le choix a dû être draconien pour le président. Tempête sous un crâne de descendant de guerrier magyar ! En plus, il faut inclure dans l’équation qui mène à la décision la prédiction de ce qui peut se passer de bon et de pas bon dans les 18 prochains mois. Mais il l’a fait : il envoyé le tapis. Cette fois, c’est à l’adversaire d’avoir la migraine. Il va suivre bien sûr, mais enfin ce sera sans filet.

Car la fin du tournoi, c’est dans moins de 18 mois maintenant, et ce qui n’arrange pas l’adversaire, c’est que la crise s’efface petit à petit. Les indices boursiers remontent doucement, surtout à l’étranger, le chômage connaît un point d’inflexion, l’activité reprend peu à peu. Quand l’économie va mieux, c’est toujours bon pour le sortant, même s’il n’y est pour pas grand-chose. Quand l’économie plonge, les électeurs se disent que le sortant est un incapable et cherchent à le destituer à la première occasion.

Voilà en quelques mots le coup de semi-bluff du président. C’est comme toujours au poker : le choix est draconien, poignant, saignant, mais il faut le faire. Ce peut être le bon choix, ce peut être le mauvais (pour lui, donc le bon pour l’adversaire). Nous saurons enfin en mai 2012, à la fin de ce tournoi, si Sarko est bon joueur de poker ou non.


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(Dessin : Philippe Tastet, merci d'avance)

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