Dan Harrington et les répartitions de mains au flop

Publié le par FMontmirel

Le prochain livre de Dan Harrington, Poker Cash 3 Online, contient de nombreuses trouvailles, et en voici une. C’est ce que Dan appelle les répartitions. En fait, tout le monde a plus ou moins réfléchi en termes de répartitions, mais jusqu’ici, cela n’avait jamais été défini d’une manière précise comme le fait Harrington.

De quoi s’agit-il ?

C’est simple. En fonction de notre main, du flop et du type de mains que joue l’adversaire, nous allons avoir à affronter certaines combinaisons plus ou moins probables contre lesquelles notre main sera favorite ou non. Nous l’avons tous plus ou moins déjà vu en jeu, en nous disant par exemple : « Ce flop comporte deux piques, or mon adversaire a suivi préflop, et d’après son profil il est tout à fait possible qu’il ait tirage à couleur car il joue souvent les consécutives assorties. A moi maintenant de me méfier pour la fin du coup. »

La répartition nous permet de dire, connaissant à peu près le type de mains jouées par l'adversaire, comment se partagent les mains flopées par lui. Certaines peuvent compter pour peu des cas possibles et il faudra les négliger, au profit de celles qui sont les plus présentes, qui seront aussi celles sur lesquelles reposera notre lecture.

 

Pour mieux vous montrer de quoi il s’agit, prenons l’exemple de la paire de 8 et soumettons-là à 5 flops différents, sachant que notre adversaire a un éventail de mains (range, panel) de 12%, plutôt serré pour miser en milieu de parole. Un tableau rassemble ces résultats :

HarringtonRepartition

Chaque colonne de ce tableau donne la répartition des mains qu’il est possible que l’adversaire possède, avec la proportion de chacune. Par exemple, sur le flop B, la paire max (Rois) occupe 18% des cas possibles, contre 36% pour une paire moyenne ou inférieure. A partir de là, il est « facile » d’en déduire le comportement de notre paire de 8 face à cet adversaire sur chaque flop. Voici, en l’occurrence, les conclusions d’Harrington :


Le Flop A nous fait clairement du mal. Les deux overcards touchent l’éventail de notre adversaire en plein dans le mille et en réalité, nous n’avons que 29% de chances de l’emporter. Le mieux que nous pouvons espérer est que notre adversaire ait relancé avec une de ses paires basses, ce qui nous met en bonne posture dans ce cas. Toute autre main nous anéantit.

Le Flop B nous fait du mal mais pas de manière aussi grave. C’est un flop très sec avec une seule carte supérieure et cette carte supérieure est un Roi et non un As. Il rate complètement le flop dans un tiers des cas environ et nous battons de nombreuses mains dans la catégorie “Paire moyenne et inférieure”. Il possède encore de nombreuses mains plus fortes que la nôtre et dans l’ensemble, nous avons environ 45% de chances de l’emporter d’après ces éléments.

Le Flop C est un peu différent. C’est un flop monocolore avec des cartes moyennes qui favorise en général le payeur dans ces confrontations. Le relanceur initial est censé avoir des cartes supérieures alors que le payeur a plus souvent des paires moyennes et des consécutives assorties. Dans ce cas, les cartes du tableau sont toutefois assez hautes pour interagir avec son éventail. Nous sommes donc face à beaucoup de mains fortes et il y a même une quinte flush dans sa répartition ! Il doit détenir exactement KQ à pique mais elle est dans son éventail.
Dans l’ensemble, ce flop nous fait du mal. Nous sommes maintenant outsiders à 57 contre 43. De plus, il va être difficile de savoir comment nous nous comportons après le flop car sa répartition contient une incroyable gamme de mains. Il a des couleurs, des quintes, des brelans, toutes sortes de paires et de nombreux tirages et combinaisons de tirages. Nous avons une paire et un tirage à quinte, plus la position, mais le tirage à quinte pourrait être facilement un piège. Si une Dame tombe à la turn, nous ne saurons toujours pas où nous nous situons. Nous avons touché une quinte mais nous pourrions aisément faire face à une quinte plus forte.

Le Flop D avec trois cartes basses est un bon flop car notre overpair fait passer nos chances à 55%. Les overcards constituent maintenant un peu plus de la moitié de ses mains. Le reste se compose en majorité de brelans et d’overpairs.
Notez qu’il n’a qu’une poignée de tirages à couleur (3%). Ce dernier élément est important et mérite d’être remarqué. Les éventails serrés génèrent très peu de tirages à couleur sur des tableaux bicolores. La majorité de l’espace d’un éventail serré est occupé par les paires et il n’y a plus beaucoup de place pour les cartes assorties.

Le Flop E avec une paire moyenne et une undercard est le meilleur des flops pour notre paire. La paire est assez basse pour avoir manqué son éventail et nous venons juste de voir qu’un flop à deux couleurs ne nous fait pas autant de mal que ça. Nous sommes donc en bonne posture s’il n’a pas d’overpair. Nos chances globales de l’emporter se montent maintenant à 62%.


La notion de répartition a son importance car il ne suffit pas de se dire que telle ou telle main est bonne (ou mauvaise) face à un éventail de telle ou telle amplitude. Non seulement deux éventails de même amplitude peuvent contenir des mains différentes, mais en plus, la répartition des mains que l’adversaire a flopées diffère selon les flops. Cela nous oblige à être vigilant à la fois sur la texture du flop et le type de mains que joue l’adversaire.

Je tenais à vous montrer cet extrait en avant-première car il est représentatif du côté novateur de ce livre que j’ai beaucoup aimé, dont la version française sortira le 10 février prochain, Poker Cash 3 Online. Pour le recevoir avant tout le monde, réservation ici.

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