"La Banque a sauté" de P. Partouche

Publié le par FMontmirel

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Patrick Partouche est un pionnier du poker en France. Et même s’il a laissé en septembre dernier un goût amer dans la bouche de certains pros qui avaient fait le voyage de Cannes pour la dernière finale du Partouche Poker Tour, on se souviendra qu’il a été condamné il y a quelques années pour avoir osé défier le gouvernement en matière de jeu en ligne. Cela se passait dans un temps paradoxal où l’absence de loi poussait tous les joueurs de poker français à jouer sur des .com, que les casinotiers français n’avaient même pas le droit d’exploiter ! Quand on racontera ça à nos petits-enfants, ils en tomberont sur la tête.

 

Eh bien le Patrick en question, malgré son agenda de ministre et ses nuits blanches qui ont rendu ses cheveux de la même couleur prématurément, malgré ses week-ends qu’il parvient de temps en temps à consacrer à ses 5 enfants, a quand même trouvé le moyen d’écrire un livre.

 

Avant toute chose, ce livre n’est pas paru hier, puisqu’il est sorti au printemps dernier. Mais il s'est fait tellement discret, ce livre, que je ne l’ai pas vu passer. C’est seulement pendant les fêtes que je m’y suis enfin intéressé.

 

Et je dois l’avouer, je ne l’ai pas regretté. Pourtant j’étais plus que réticent au départ et je m’attendais au pire devant ce petit volume de 180 pages écrites en corps 14. Surtout après avoir lu le sous-titre : « L’économie casino pour sortir de la crise » ! J’en connais, du côté de Lehman et ses frères, qui pourraient avoir une attaque à la seule évocation de cette « économie casino » ! Mais le clin d’œil est bien là, et une fois qu’on a lu le livre, tout s’éclaire enfin.

 

Je vais vous la faire courte, plus encore que le livre lui-même. D’abord le style : ca bondit dans tous les sens, ça fait des jeux de mots souvent spirituels, on est dans la prose directe et percutante, il n’y a pas de temps à perdre. L’auteur ne s’embarrasse d’aucun détail inutile, et là où Victor Hugo fait deux grandes pages ch…antes (je veux dire « chantantes », tout le monde aura compris à part les mauvaises langues), Patrick Partouche fait un paragraphe de cinq lignes tout aussi ch…antes (je veux dire chauffantes). Car c’est bien vrai, ca chauffe à toutes les pages, au point qu’on a toujours le doigt qui démange pour dévorer la suivante.

 

Quelques morceaux de bravoure en vrac :

 

« Frau Angela, née le 17 juillet 1954. Chaque fois qu’on la cite, on entend au loin le hennissement d’un cheval, on ne sait pas pourquoi. »

 

« Donc la sonnerie du téléphone retentit : « Mp3g ! Mp3g ! » C’est illisible, imprononçable, mais je décroche ! »

 

« Un représentant de commerce se présente à l’hôtel, en début d’après-midi. Il demande une chambre. Le patron lui réclame 100 euros, payables d’avance. Le patron décroche alors son téléphone et appelle son boucher. Il lui doit 100 euros, et lui propose de venir se faire payer. A peine le téléphone raccroché, le boucher se présente, prend ses 100 euros et remonte dans sa voiture. Il se rend alors chez Sylvette, la prostituée du village, pour payer sa dernière séance restée en souffrance. C’est un bon client, elle lui fait crédit ! Sylvette remercie le boucher, puis file voir le patron de l’hôtel pour lui payer les deux dernières chambres : elle a droit à un discount. Quinze minutes plus tard, le client de l’hôtel redescend avec sa valise et dit au patron qu’il vient de recevoir un appel important, qu’il doit partir et donc libérer sa chambre… Le patron, bon commerçant, lui rend ses 100 euros… Moralité : rien n’a été dépensé, tout a été payé, il n’y a plus une dette en ville. »

 

« Il n’y a rien à dire, rien à faire. Laissons l’arbitre compter. De toute façon, le KO est fait pour ça, préserver les fonction vitales… 1… 2… 3… 4… 5… 6… 7… A 8, je reprends un peu mes esprits. A 9, je décide d’aller m’enterrer moi-même. »

 

« Tu te bats, tu meurs. Tu ne te bats pas, tu meurs quand même. Alors bats-toi ! »

 

Et quant à l’histoire, c’est finalement un grand classique qui se joue sous nos yeux depuis à peu près 30 ans, et avec nettement plus d’acuité depuis 2008. Autour d’une table de poker du casino du narrateur se déroule une partie qui avait commencé benoîtement. Mais qui, d’heure en heure, a pris des proportions qui dépassent largement les capacités de chacun de rembourser – à part un joueur, un Chinois, qui a prêté aux autres pour qu’ils continuent de jouer. Vous me suivez ?

 

Mais quand le cheval emballé s’approche à fond de train du bord du gouffre, il va falloir l’arrêter d’une manière ou d’une autre. Et c’est là qu’intervient le narrateur, directeur du casino. Avec un moyen totalement fou, mais finalement, quand on y pense… pas si dézingué que cela…

 

Au point de nous faire poser quelques questions. Car derrière ce thriller-flash, se cache une réflexion économique que l’auteur a préféré mettre en scène dans ce petit livre revigorant, plutôt que dans un énième essai économique que personne n’aurait lu – à part tonton et papa, bien sûr.

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La Banque a sauté, Michel Lafon, 187 pages, 13 x 21 cm.


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