Les gros joueurs de poker fuient le fisc persécuteur

Publié le par FMontmirel

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Aujourd’hui, le député Olivier Dassault propose d’en finir avec la rétroactivité des lois. Déjà, en mai 2005, il avait soutenu un projet très sérieux pour qu’aucune loi ne soit rétroactive (ICI). On apprend par ailleurs que les députés PS renoncent à fiscaliser rétroactivement les heures supplémentaires. Renoncer grandit parfois.

 

La rétroactivité est une infâmie qui est la marque d’un pouvoir scélérat et revenchard. Les joueurs de poker en font les frais aujourd’hui, j’en ai déjà parlé dans ce blog (par exemple ICI). Puis, à force de discussions enflammées, une sorte de consensus s’est plus ou moins établi dans le microcosme pokérien. En gros, on accepte l’idée de payer des impôts, mais bien évidemment sur les gains diminués des frais, comme pour toute profession. La fringante et opportune VieDeFish va un peu plus loin en proposant de faire entrer ces revenus dans la même catégorie que les revenus exceptionnels d’artistes par exemple, qui peuvent être énormes une année et maigres l’année suivante (les revenus, pas les artistes) en les étalant sur 5 ans.

 

Claire-Renaut.jpgVieDeFish (Claire Renaut) a eu une bonne idée (de plus)

 

 

Tout le monde aurait à gagner à ce que ce feuilleton fait de haine et d’infâmie se conclue de cette manière, et au plus vite. Nos gouvernants se sont montrés très prompts à s’en prendre frontalement aux joueurs de poker. Il serait temps qu’ils soient aussi prompts à normaliser les statuts.

 

En attendant, beaucoup de mal a été fait, et irréversiblement. De nombreux joueurs pros ont quitté le territoire, sans aller bien loin pourtant : Londres est à 2h20 de TGV, sans tracasseries douanières – tu montes dans la rame, tu rames dans un Sit&Go assis dans ton fauteuil, puis tu rames ensuite sur la Tamise si le coeur t'en dit. On peut même vivre de facto en France et être domicilié à Londres, et payer ses impôts en Angleterre selon la loi britannique. Sans compter les solutions techniques simples qui permettent de jouer de France sur des sites en .com. A vouloir trop tondre le mouton, nos responsables du fisc font fuir le troupeau et ne tondront plus rien.

 

Le même Olivier Dassault exprimait ce matin sur BFM une idée que je trouve pleine de bon sens. Nos gouvernants ne prennent en compte dans l’impact fiscal que les recettes supplémentaires, sans jamais s’intéresser au manque à gagner fiscal dû aux contribuables qui sortent de l'assiette (en changeant pour un régime fiscal plus tendre, en stoppant leur activité, en faisant du noir...) à quoi s'ajoutent, bien pire, ceux qui renoncent à créer leur boîte.

 

Les éditorialistes de tout poil ont beau rabâcher depuis 6 mois qu’arrive un point au-delà duquel l’augmentation de la pression fiscale produit moins de recette fiscale, nos gouvernants restent sourds et s'entêtent dans leur dogme suicidaire. Croyant faire de la justice fiscale, ils créent eux-mêmes la fraude et feront baisser la collecte !

 

Pourtant, la courbe de Laffer est une réalité (ICI). Même si elle n’a jamais été formellement prouvée du point de vue de la science économique, elle finira par l’être un jour. En tout cas, ce qui se passe pour les joueurs de poker en ligne amène une peuve supplémentaire de l'existence de ce modèle.

 

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’Arjel – vous savez, c'est un organisme gouvernemental créé en 2010. Son dernier constat est alarmant et concerne les joueurs de cash-game en ligne :

 

Les tranches des joueurs misant le plus sont toutes en diminution. Mais la plus grosse « perte » de comptes joueurs est celle de la tranche des comptes ayant misé entre 30.000€ et 100.000€, dont la population a diminué de 36% entre le 3e trimestre 2011 et le 3e trimestre 2012.

Quant aux comptes joueurs ayant misé plus de 100.000€, ils sont moins de 2.300 au 3e trimestre 2012 alors qu’ils étaient près de 3.000 au 3e trimestre 2011, soit une diminution de 23%.

 

Vous avez bien lu. Heureusement que l'Arjel est là pour le dire ! Cette dégringolade n’est que l’amorce d’un véritable effondrement. Ce n’est évidemment pas un hasard si ce débrayage des comptes des plus gros joueurs coïncide avec les actions de persécution de ces 6 derniers mois des autorités fiscales. Car après l’affaire Duval en 2010 (des parents contraints de payer 80% d’impôts et redressement sur les gains de leur fils) et quelques coups d’éclats isolés, nos nouveaux gouvernants ont enclenché la vitesse supérieure, et pas qu'un peu. Les actions du fisc sont devenues systématiques à l’encontre des joueurs de poker professionnels et semi-pros.

 

Avec à la clé : rappel d’impôts sur les 3 dernières années (où, souvenez-vous, les gains du poker n’étaient pas reconnus comme imposables, ah quel paradis), et même redressement, comme pour ceux qui ont fraudé le fisc sciemment !

 

Or, un passionné de poker n’arrête pas le poker, plus encore s’il est pro. Il cherche tous les moyens pour échapper à ceux qui veulent l’empêcher de jouer. D’où les solutions simples et pas chères que j'ai citées en début d’article.

 

Ces statistiques alarmantes posent aussi une question sur le modèle économique même des rooms en ligne. Celles-ci ont dramatiquement besoin des gros joueurs. Ils font de la présence, brassent de grosses sommes et mettent de l’animation aux tables. Autour d’eux se créent des communautés, des amitiés, des défis – bref tous ces joueurs sont aux rooms en ligne ce que les piliers de bar sont au café "Chez Fernand". Sans eux, ce serait un peu le désert.

 

Mais surtout, lisez bien cette statistique de l’Arjel :

 

– 1% des joueurs génèrent 51% du total des mises

– 10% des joueurs génèrent 76% du total des mises

(rapport du 1er trimestre 2011, page 8)

 

Vous avez dit loi de Pareto ? Sauf que ce n'est pas du 20-80, c'est carrément du 1-51 et même du 10-76 ! Voilà qui est dit. Certes, 700 gros comptes fermés en un an sur un total de 700.000 comptes, c’est négligeable… mais quand ces comptes représentent (si je compte bien) environ 15% des mises, c’est effroyable ! Et je le répète : nous n’en sommes qu’au début.

 

P.S. : Un conseil aux veinards qui ont gagné gros au Loto en 2010, 2011 ou 2012. Gardez bien de côté quelque chose comme 50% de votre gain, car n’oubliez pas : en France, maintenant, les lois sont rétroactives et vous serez traité comme un délinquant si vous feignez de l’ignorer. 

Publié dans Le Poker et la loi

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willy 11/12/2012 11:14

Bravo Claire. Tout est dit..

FMontmirel 07/12/2012 13:47

Je ne l'ai pas écrit dans mon article pour éviter d'etre trop alarmiste, mais je crains que l'hémorragie qui a lieu sous nos yeux dans le poker en ligne préfigure ce qui se passera pour le reste de
l'économie... J'espère qu'il n'en sera rien, mais casser le thermomètre n'a jamais supprimé la fièvre...

quellange 07/12/2012 11:32

Et oui ces idiots qui ont cru au père Noël vont bientôt mendier dans la rue vendre leur appart etc... Ce sont des incompétents en tout à ce demander si ils ont eu leur certificat d'étude! Je crains
le pire pour la France et au POker et bien moi qui rêve d'aller à Londre, un de ces 4 si je suis régulière au poker j' Go!!!!et je resterais dans ma campagne...lol Mais une révolution va bientôt
entrer en gestation.

Argane 06/12/2012 23:13

Terrible !!! Je pense que les petits prendront un coup dans l'aile bientôt, où les versements sur compte seront imposés.
Je partage complètement votre opinion sur la pression fiscale.
Cordialement.