"Poker Arsenal" de Mike Caro : extrait n°1/4

Publié le par FMontmirel

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Mike Caro est un des grands auteurs américains du poker, et la sortie en francais de son Poker Arsenal, le 17 juin prochain, est un véritable événement.

 

Ceux qui ont lu son chapitre formidable dans Poker Super System le savent : Mike est à la fois fantasque dans sa présentation et profond dans son discours. C’est un plaisir de le lire, et même ce qu’il a écrit de plus révolutionnaire n’a jamais pu être démonté par ses rares contradicteurs. Après 40 ans de recherches, de conférences et de publications, on en est donc arrivé à cette évidence : quand Mike Caro parle, tout le monde écoute.

J’ai le plaisir de vous présenter dans mon blog 3 extraits de
Poker Arsenal. Voici le premier (les autres arriveront les jours prochains) :

 


Le Tableau de Détresse

Vous et moi savons qu’une paire d’As, c’est génial, et qu’une paire de Deux, c’est désastreux. Oui, mais cela n’est pas toujours vrai, n’est-ce pas ? En de rares circonstances, une paire de Deux, ce n’est pas si mal. Par exemple, si vous jouez contre un seul adversaire, alors une paire de Deux peut tenir le coup face à As-Roi. Toutefois, dans le monde réel, à une table pleine, As-Roi est une meilleure main. Et de loin.


Il est quand même intéressant de connaître ses chances d’apprécier le flop lorsqu’on investit de l’argent avec diverses paires. Il est difficile de définir un ensemble de règles générales qui vous diront s’il faut aimer ou non le flop, dans la mesure où le jeu repose sur des situations données.


Supposons que vous ayez une paire d’As et que le flop soit A-K-K. Cela semble être un très bon flop, mais êtes-vous complètement à l’abri ? De manière évidente, une paire de Rois, détenue par n’importe quel adversaire, vous rendra très malheureux. Quelles chances y a-t-il qu’un adversaire détienne les deux Rois restants ? Cela dépend. Si vous misez et qu’il passe, il n’y a aucune chance. S’il n’a pas relancé avant le flop, il est moins probable qu’il ait une paire de Rois, même si l’exact contraire est vrai avec des adversaires retors. Nous pouvons faire des estimations puissantes et rentables par rapport à ce que détient un adversaire, mais nous pouvons rarement le savoir avec certitude.


Voici ce que nous savons pour sûr : si nous ne prenons pas en considération les événements précédents et incluons seulement notre paire d’As et le flop dans notre évaluation, alors la cote est de 11 contre 1 qu’un adversaire, n’importe lequel, détienne un Roi accompagné d’une carte x – le scénario le plus rentable pour nous. Et la cote pour qu’il détienne deux Rois est de 1.080 contre 1.

 

C’est intéressant, mais pas particulièrement utile. Pourtant, le Tableau de l’Indice de Détresse vous aidera à savoir la fréquence à laquelle s’attendre à avoir un flop défavorable. Il vous indique la fréquence avec laquelle le flop ne vous donnera pas au moins une autre carte de même valeur (vous donnant ainsi un brelan ou, rarement, un carré) et la fréquence avec laquelle le flop affichera bien au moins une carte plus forte que votre paire. Si ces deux conditions sont réunies – vous ne touchez pas de brelan au flop et il y a au moins une carte plus forte que votre paire –, vous êtes mal en point.


À partir de ce pré-requis, voici le Tableau de l’Indice de Détresse.   
Bien que ce classement soit délibérément élémentaire et ignore de nombreux concepts d’une importance cruciale pour le Hold’em professionnel, il reflète néanmoins une vérité profonde.



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La différence des valeurs basses entre elles et des valeurs hautes entre elles est loin d’être la même. Considérez-le de cette façon. Une paire de Rois est bien meilleure qu’une paire de Dames (et elles ne sont éloignées que d’un seul rang), mais il y a une différence bien moins significative entre une paire de Sept et une paire de Deux (éloignées de cinq rangs). Remarquez également que, à partir de ce principe simple, vous allez probablement détester le flop à moins de détenir au minimum une paire de Valets.



Le pavé dans la mare : La vérité sur les As au Hold’em


Malgré le conseil couramment donné, vous ne voulez pas relancer avec des As préflop au Hold’em, pour chasser des joueurs du coup. Cette paire d’As rapporte généralement autant d’argent, sinon plus, avec des adversaires supplémentaires vous chassant, vous.


Cela ne signifie pas que vous ne devriez pas relancer. Mais cela veut dire que lorsque vous décidez de relancer, vous le faites en général en espérant que vos adversaires vont suivre, et non passer.


Réduire le nombre de joueurs a de bons côtés, mais, contrairement à ce que vous avez entendu, relancer préflop dans ce but avec des As n’est pas l’un d’eux.


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Note de FM :

Bon, je vous ai choisi un premier extrait plutôt « soft » mais qui dérange déjà, surtout la fin : c’est une idée chère à Mike que d’affirmer qu’en limites fixes mais aussi en no-limit, il est un peu plus rentable, en moyenne, de ne pas protéger ses grosses paires que de les protéger. Je sais, c’est secouant comme concept, mais il faut le rapprocher de la manière dont il conseille dans le livre de jouer ce types de mains après le flop, et le tout devient alors cohérent.

Concernant l’Indice de Détresse, c’est une notion proche d’une autre que j’avais développée dans Poker Cadillac. En fait, j’ai découvert cette notion de la probabilité de trouver un flop menaçant par rapport à sa propre main alors que je creusais des pistes en écrivant mon livre, et j’ai recherché ensuite dans mes archives et ailleurs si elle existait déjà, car elle me paraissait très importante. Et je suis tombé sur cet Indice de Détresse de Mike, publiée dans sa « Misery table » en page 39 de son Professional Hold’em Report paru en 1988. Je fais d'ailleurs état de cette découverte en page 126 de
Poker Cadillac.

En la matière, l’approche de Mike est différente mais complémentaire de celle que j’ai eue 18 ans après lui, dans la mesure où il part du principe que vous avez une paire en main et considère le cas où non seulement vous ne flopez pas au moins brelan, mais qu'en plus le flop comporte au moins une overcard.

 

Dans mon cas, je considère que vous avez une non-paire en main et que vous  flopez une paire avec votre plus forte carte, ou une paire et que vous n'améliorez pas (Poker Cadillac, page 125).

Bref, ces deux approches différentes expliquent que nos chiffres diffèrent eux aussi, même si la tendance de fond est évidemment identique. Notamment, nous trouvons tous les deux que la valeur-pivot est le Valet. Pour Mike et moi, une paire supérieure au Valet (splittée ou en main) rend favorables un peu plus de la moitié des flops possibles. D'où l'impact sur la cote financière préflop, ce concept trop souvent négligé.

Pour information, j’ai apporté un ajustement à mon propre tableau dans Poker Duel, sorti en octobre 2009. En page 195, j’ajoute une deuxième colonne qui tient compte de la possession par l’adversaire d’une carte qui bat notre paire splittée ou servie, ce qui réduit les pourcentages du tableau de base. J’intitule cette nouvelle colonne : « Probabilité d’être battu par une overpair quand on flope soi-même la 2e ou la 3e paire splittée avec notre carte max ». La différence se sent surtout dans les grosses valeurs. Ainsi, K-x ou K-K fait baisser de 23% à 17% la probabilité d'avoir un flop gênant, mais la tendance de fond ne change pas.

De la même manière, la version du « tableau de l’indice de détresse » publiée par Mike Caro dans Poker Arsenal (le tableau ci-dessus) varie par rapport à l’original de 1988, là aussi pour les grosses valeurs. Par exemple,
Poker Arsenal donne 11,67% pour K-K, alors qu’en 1988, ce chiffre était de… 20,67% (plus proche de celui de Poker Cadillac, qui est de 23%).

 

Note : Si je ne cite pas l'exemple de A-x ni A-A ici, c'est parce que le principe de construction de nos tableaux fait que ces deux mains sont à 0% par nature, puisqu'elles ne trouveront pas de flop menaçant dans le sens de la valeur - en revanche, elles peuvent en trouver dans le sens de la couleur (par exemple un flop moncolore) ou dans le sens de la connexion (trois cartes consécutives par exemple). Nous ne parlons ici que des flops sans paire ni brelan, qui représentent 83% des flops possibles.

 

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Extrait n°2

Extrait n°3


Poker Arsenal de Mike Caro : sortie le 17 juin 2010, réservez-le dès aujourd'hui.

Publié dans Livres

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J-Marie 17/07/2011 21:29


Re-bonjour,

Je ne sais pas si c'est à François Montmirel qui va répondre, mais c'est mon souhait.
Merci pour ton livre que je viens d'acquérir (Poker Cadillac) J'en suis à la page 180
Je lis également en ce moment (en parallèle) Poker Arsenal de Mike CARO.
J'ai quelques remarques :

1) A propos de ton 23% (66/286) (KK vs As au flop) ... Tu considères, page suivante, KK en difficultés dans 23% des cas! Or, le flop AKx n'est pas un flop vraiment défavorable pour KK. J'aurai
plutot mis dans le tableau, 19,23% (55/286) (55 = Combinaison de 2 éléments pris parmi 11 cartes ... et pas 66 = combinaison de 2 pris parmi 12)
Es-tu d'accord ?

2) Ce 19,23% nous pourrions aussi l'ajuster en rajoutant tous les flops avec paires ou brelans ... Du coup nous tomberions sur le 20,67% de Mike CARO qu'il a publié dans les années 80'. Par contre,
je ne comprends pas son 11,67% du Poker Arsenal ... Le 20,67% (flop quelconque avec au moins un A, en enlevant les flops AKx) Pourquoi tomber à 11,67% ? ça veut dire qu'il considére un nombre
important de flop avec un As (différence entre 20,67 et 11,67) qui ne sont pas embéttant pour KK ?
J'ai supposé le cas où un seul adversaire suit notre relance et qu'il possède Ax, (donc avec 3 As restants pouvant tomber au flop), on tombe à 16 ou 17% ...

As tu une explication sur ce 11,67% ?

Merci d'avance.


J-Marie 17/07/2011 21:11


Bonjour FM