"Poker Arsenal" de Mike Caro : extrait n°2/4

Publié le par FMontmirel


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Ah, Mike, Mike ! Combien de cœurs féminins tu n’as pas fait tourner dans ces 40 années de conférences et de séminaires sur le poker ! Le savoir pokérien séduit, le showman aussi. Et Mike est les deux à la fois. Il met du fun dans ses textes, des gloussements se font toujours entendre pendant ses présentations, voire de grands rire aigus, que d’ailleurs il provoque à loisir. Si vous avez du mal avec les filles, devenez conférencier de poker.

Je vous rassure néanmoins : Poker Arsenal, le livre de Mike qui va paraître le 17 juin, ne détaille pas les procédés les meilleurs pour venir à bout de la gent féminine, mais 248 concepts gagnants de toute une vie vouée au gain en Hold’em, comme le promet le sous-titre, le « best of » de l’œuvre de Mike. Là-dessus, il n’y a pas tromperie sur la marchandise. Entre les concepts, Mike développe des discussions, profondes elles aussi, émaillées d’exemples et d’anecdotes. C’est le cas de l’extrait que je vous propose aujourd’hui, qui détaille un syndrome courant, maintes fois repris et commenté par divers auteurs et obervateurs de la vie pokérienne.

Le Syndrome du Jeu Fun

Avant de poursuivre, je veux parler du SJF – c’est le Syndrome du Jeu Fun (Fancy Play Syndrom).

Une fois, je jouais au poker à la même table qu’un joueur auquel j’essayais d’apprendre comment être un gagnant. Tout le monde à la table se connaissait. Et tout le monde savait que j’apprenais à ce type – appelons-le Joe – à jouer au poker. Je pensais que Joe avait le talent potentiel pour faire du profit, même dans cette partie difficile. Joe souffrait du pire cas possible de SJF que j’aie jamais vu. Je regardais, atterré, comment il essayait, et échouait, de me bluffer trois fois de suite. Après la troisième fois, il a soupiré et dit, “J’étais certain que tu ne me suivrais pas cette fois-ci. Tu devrais t’attendre à ce que j’aie une bonne main tôt ou tard.” “Je m’attends bien à ce que tu aies une bonne main tôt ou tard,” l’ai-je taquiné. “Et lorsque cela arrivera, je passerai.”

Le Syndrome du Jeu Fun, c’est la maladie du poker dévoreuse de bankroll, qui foudroie un million et demi de joueurs chaque année. Les symptômes sont faciles à repérer. Le joueur atteint choisira généralement le jeu le plus créatif plutôt que le plus rentable. C’est parce qu’il veut impressionner ses adversaires par son intelligence.

Lorsque vous avez un adversaire démoralisé à une partie de poker, soyez toujours amical. Taquiner est acceptable, mais des sarcasmes mal intentionnés se retourneront contre vous. Le truc est de vous assurer que vos adversaires sachent qu’il faut avoir peur de vous sans les mettre en colère. Faites-les réfléchir à deux fois avant qu’ils ne vous prennent pour cible la prochaine fois. Vous devriez être celui qui a l’avantage psychologique, pas eux. Donc, faites en sorte que vos adversaires vous respectent et vous craignent, à chaque fois que c’est possible.

En fait, ce jour-là, ma guerre psychologique a joué en ma faveur et mon étudiant a commencé à jouer de manière très prévisible contre moi, le rendant ainsi plus facile à battre. Mais contre toutes les autres personnes, il était déterminé à faire un show. Il a reçu deux grosses mains de suite. Il n’a relancé avec aucune, gagnant quelques jetons avec des mains qui auraient dû lui rapporter gros. Il a ensuite relancé au maximum avec une main bonne mais pas extraordinaire, et a été bluffé à la river par un adversaire astucieux.

Le Hold’em est un jeu où vous n’êtes que rarement capable d’impressionner vos adversaires. La majeure partie de votre profit provient de votre capacité à prendre de façon constante les décisions les plus rentables et les plus évidentes sur une longue durée. Si vous le faites, vous impressionnerez vos adversaires. Vous les impressionnerez lorsqu’ils se rendront compte que vous avez leur argent.

Restons simples

Je vais vous expliquer un concept similaire mais puissant : n’optez pas pour des stratégies sophistiquées lorsque de plus simples sont préférables. Et nous devons parler de quelque chose qui lui est également étroitement lié. Pour comprendre comment certains conseils de poker peuvent être idiots, vous devez comprendre la façon dont les scientifiques d’aujourd’hui ont réinterprété l’un des concepts que William d’Ockham, un philosophe anglais du XIVe siècle, a rendus populaires. En fait, vous n’avez peut-être pas besoin de le comprendre. Il a peut-être couché avec des chèvres, pour ce que j’en sais.
Je parle du rasoir d’Occam.

(Note de FM :) Le rasoir d’Occam (ou d’Ockham) est le principe meta-théorique selon lequel “les entités n’ont pas à être multipliées au-delà du nécessaire” (entia non sunt multiplicanda praeter necessitatem). On en conclut que la solution la plus simple est généralement la bonne. Ce principe est attribué au logicien anglais, William of Ockham, théologien et franciscain, qui a vécu au XIVe siècle.

Il est devenu clair que lorsque deux théories concurrentes peuvent expliquer un événement, la plus simple est généralement la meilleure. Cela est important, et je vais le répéter : lorsqu’il y a deux manières ou plus d’expliquer pourquoi quelque chose s’est produit, il est probable que l’explication la plus simple soit la bonne.

Imaginons qu’un matin, vous voyiez une brique de lait sur le plan de travail de la cuisine. Le lait est supposé se trouver au frigo, mais il ne l’est pas et il est resté là toute la nuit. Pour autant que vous sachiez, vous étiez seul dans la maison. Maintenant, vous pourriez émettre l’hypothèse qu’un ennemi inconnu s’est introduit dans votre maison, a bu du lait, l’a ensuite empoisonné et abandonné en espérant que vous le boiriez et mouriez. Ou alors, vous pourriez faire le raisonnement que vous avez probablement oublié de remettre le lait au frigo.

Les deux sont possibles. Mais, devinez quoi ? Vous et moi sommes tous deux des joueurs dans l’âme, et vous savez ce sur quoi nous allons parier – que vous avez oublié de remettre le lait au frigo, n’est-ce pas ? Tout est possible, mais la réponse la plus simple est la meilleure. C’est le rasoir d’Occam – vous vous débarrassez de toutes les complexités inutiles et rendez favorite l’explication la plus évidente.

Maintenant, qu’est-ce que cela a à voir avec le fait de bluffer au Hold’em ? Eh bien, je viens juste de lire un conseil donné par un joueur de poker sérieux, posté sur Internet, disant que dans une partie de Hold’em à limites fixes, vous devriez rentrer dans un pot avec 8-7 assortis après deux joueurs ayant suivi et un relanceur. Il dit que le relanceur détient probablement une grosse paire, donc si vous manquez presque totalement le flop, affichant un As et deux autres cartes et pas de possibilité de tirage à quinte ou à couleur, suivez le joueur détenant cette grosse paire. La théorie est que suivre de manière surprenante au flop en n’ayant rien fera en sorte que l’ouvreur soit sûr que vous avez quelque chose et vous mettra en position de voler le pot avec un bluff, fait à un moment opportun, lors de l’un des deux tours d’enchères suivants.

Y a-t-il quelque chose qui cloche là-dedans ? Plein de choses !

C’est un exemple de jeu créatif et ce joueur est en plus syndrome de jeu fun. J’enseigne moi-même des variations de ce jeu, et cela appartient à votre arsenal de poker. Mais c’est une façon de jouer à laquelle vous ne devriez recourir que rarement. Voici où le rasoir d’Occam entre en scène.
Vous pouvez prendre n’importe quelle situation de poker, y ajouter des complexités, argumenter à n’en plus finir sur la façon dont vos adversaires vont réagir jusqu’à ce qu’ils correspondent exactement à vos conclusions, et faire paraître pratiquement n’importe quelle décision bizarre comme étant la plus logique. Tout bluff peut être justifié.

Mais il demeure que la conclusion la plus simple est que vous ne devriez pas du tout jouer la plupart du temps avec ces 8-7 assortis et que, lorsque vous le faites, vous devriez checker ou passer de votre plein gré lorsque vous manquez le flop et que le relanceur initial mise au flop. Ici, il n’y a pas de profit de bluff sur le long terme. Le choix de la stratégie la plus simple est généralement le meilleur. Ce n’est pas par hasard si les exceptions sont des exceptions.

Et voici un autre exemple. Un grand nombre d’experts conseillent aux joueurs de miser au flop avec un tirage à quinte ventral, au Hold’em. Certains appellent cela un semi-bluff. Cela aurait-il été présenté comme une exception rare, c’eût été un conseil rentable. Mais, en utilisant des arguments plus complexes pour en faire la tactique principale, les experts violent le rasoir d’Occam et ignorent l’explication évidente de ce que vous devriez faire – checker.

La raison pour laquelle je vous dis cela est que, une fois devenu habile au Hold’em, il sera facile de justifier une action inhabituelle. Mais la décision la plus évidente est généralement correcte. Vous devriez faire des exceptions occasionnelles pour que vos adversaires observateurs ne soient pas sur leurs gardes et pour faire plus de profit. Mais si vous vous écartez trop souvent des décisions les plus simples et évidentes, vous êtes certain de sacrifier une part de profit.

Rappelez-vous du rasoir d’Occam la prochaine fois que quelqu’un justifie une décision de poker par un argument complexe quand un argument plus simple mène à une décision différente. La complexité est parfois juste, mais le plus souvent elle ne l’est pas.


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Extrait n°1

Extrait n°3


Poker Arsenal de Mike Caro : sortie le 17 juin 2010, réservez-le dès aujourd'hui.

Publié dans Livres

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Canada 411 15/06/2010 03:24


C est encore meilleur qu une pair AA trouve pas?


Eiffel 14/06/2010 16:31


très intéressant ! et il a une belle paire en main, le gaillard ! ;)