Pourquoi je ne suis pas allé aux World Series of Poker cette année

Publié le par FMontmirel

J’aurais pu ne pas aller aux WSOP parce que, pour la première fois, Annette Obrestad y était, et comme c’est la n°1 féminine européenne, j’aurais eu peur de la croiser à une table. Ou encore, parce que, raide dingue de ballon rond, je ne voulais rien rater de la Coupe du Monde, figé devant mon home-cinéma à me bourrer les oreilles de la torture sonore incessante des vuzuellas. Ou aussi, parce que la parité du dollar ayant chuté de 20% par rapport à l’an dernier, le pouvoir d’achat de mes euros avait fondu d’autant (ce qui aurait été un mauvais calcul, puisque les gains en dollars, eux, auraient augmenté dans la proportion inverse).

 

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Eh bien Annette, foot et dollar n’ont rien à voir là-dedans. Simplement, j’ai déménagé. Et c’est tranquille sur ma terrasse, dans un petit coin de paradis à deux pas de Paris que j’écris ce post. Entouré de cartons qu’il reste encore à déballer, dont les 15 qui contiennent mes collections personnelles de livres/DVD/magazines de poker.

Manquer les WSOP comporte un avantage : celui de ne faire aucune contre-performance. Mais un énorme inconvénient : celui de ne pouvoir faire aucune performance. Participer à un tournoi des WSOP est toujours exaltant, et s’il y a un seul festival auquel un joueur doit participer dans l’année, c’est bien celui-là.


Mais mes autres obligations ont fait que, malgré tous mes efforts, je ne pouvais faire ce déplacement que pendant la période des WSOP… donc je reviendrai l’an prochain et j’espère que je n’ai pas trop manqué à Las Vegas maintenant que le gros des tournois est passé. A vrai dire, Vegas est le genre de villes auquel personne, je dis bien
personne, ne manque jamais.

A la place, en forme de compensation, j’ai fait deux déplacements-éclairs en province.



Rouen et ses étudiants en poker


La Rouen Business School est un campus arboré perché sur les hauteurs de la rive droite de la Seine, et c’est là que le club de poker de l’école m’a accueilli pour une séance tripartite : projection du film Les Joueurs dans l’amphi principal, conférence sur « Le poker et le cinéma » par votre serviteur, et enfin tournoi amical.


Revoir
Les Joueurs est un plaisir que j’apprécie toujours. Ce film est l’acte fondateur de ce jeu dans sa forme moderne, et plus les années passent, plus c’est le cas. C’est ce que j’ai voulu démontrer dans la conférence que j’ai donnée ensuite, en mettant en perspective les différents films qui ont traité du poker ou utilisé le poker comme acteur.

Quand on creuse le cinéma pokérien, on s’aperçoit que le poker joue un de ces 4 rôles :


- sujet du film (Les Joueurs, Le Kid de Cincinnati, Lucky You)


- ressort dramatique (Les Années sauvages, Le Gentilhomme de la Louisiane, Engrenages, Casino Royale, Poker d’Enfer à Noël, A big hand for the little lady)


- thème, ambiance (Poker, Maverick, Flag, Il était une fois dans l’Ouest, Havana, L’Homme au bras d’or, L’Arnaque)


- épisode plus ou moins récurrent (L’Affaire, César et Rosalie, Rapt, Sénéchal le Magnifique)


 

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Le cinéma a finalement peu souvent parlé du poker, ou en tout cas autrement que comme un second plan. Quand on élimine les films où le poker apparaît comme soutien à l’action ou comme part linéaire de la narration, il reste deux films : Le Kid de Cincinnati et Les Joueurs ,ce dernier étant descriptif d’une réalité pokérienne qui prévaut aujourd’hui. C’est du moins ma thèse. Pourtant, ce film qui a été tourné il y a maintenant 12 ans, témoigne du poker de « l’ancien régime » : le poker d’avant internet, d’avant le téléphone portable (aucun des deux ne fait partie du scénario) et d’avant le véritable phénomène de masse, le marché comme nous le connaissons aujourd’hui. Le film pokérien du poker actuel reste encore à tourner.

 

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Après cette conférence qui a appelé une heure de questions/discussions riches, j’ai été entraîné dans le tournoi local mobilisant les pontes du poker rouennais. L’occasion de découvrir, dans une grande maison de coloc, des joueurs dont certains étaient manifestement doués. Sur 20 joueurs au départ, je termine 5e, après un parcours d’abord difficile pour trouver mes marques…

A la fin de ce tournoi où la bonne humeur a été reine, il m’est venu une pensée : dans le feu de l’action, je reconnais ne pas avoir défendu au mieux mon jeu, en tout cas pas autant que d’habitude. L’absence d’enjeu, quoi qu’on en dise, reste un élément qui agit sur la qualité du jeu, en tout cas pour des joueurs qui ont l’habitude d’un enjeu d’une certaine hauteur. Mon challenge était de battre des étudiants sans budget-jeu, avec buy-in égal à zéro, et il reste un hiatus entre leur manière de jouer et la mienne, en tout cas sur certains coups de marge. J’ai beau me faire violence dans de tels tournois, jouer exactement mes coups dans ces conditions que si j’étais dans un tournoi à 500 euros de buy-in reste une gageure, en tout cas certains coups tendus.



Gérardmer et son lac


Deuxième incursion-éclair pendant les WSOP : Gérardmer (prononcer « gérarmé »). Cette fois, le cadre est celui du JOA Poker Tour, ce circuit d’été qui implique une bonne dizaine de casinos français indépendants, pour une finale qui aura lieu à partir du 22 août à Antibes-La Siesta. Accueil hyper-amical de M. Jalabert, directeur du casino planté sur la berge de ce très bel endroit réputé pour sa station de ski, ses sports nautiques et son festival du film fantastique (entre autres). A peine descendu de la voiture, l’air des Vosges m’emplit les poumons, alors qu’à Vegas, il vous les brûle (et les Vosges sont loin, en plus).

 

18 joueurs avaient répondu présents pour ce super-satellite à 350 euros, dans lequel j’ai reçu les pires mains de l’année… et les pires rencontres aussi. Dans l’heure et demie où j’ai bataillé, les deux meilleures mains que j’ai reçues ont été A-Q et A-J… que j’ai jouées en désespoir de cause, pour floper mon As dans les deux cas. Mais avec un adversaire qui, dans les deux cas aussi, avait flopé brelan. Il s’était maintenu malgré ma relance de protection préflop… Réduit à 20% du tapis de départ, je n’ai plus joué que les utilités avant de sauter 15e… Pas de quoi pavoiser, comme on dit la veille du 14 juillet !

 

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Ce qui ne m’a pas empêché de continuer à faire valoir ma présence dans quatre heads-up ensuite, dont trois gagnés, contre des joueurs qui ne me laissaient aucun iota de terrain. J’ai vite compris que les joueurs de la région cherchaient une seule chose : me battre. Et surtout pas se détendre. Les gagnants ont recu, en plus de leur ticket pour la finale azuréenne, un livre de ma collection. Bravo pour leur performance !

 

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Vers 21h, j’ai investi la table de cash, mais cette fois, d’autres joueurs étaient manifestement venus pour « voir de la carte » comme on dit, éternels standing-stations qui vous rapportent sur le long terme, mais qui peuvent vous prendre énormément sur une session seule, quand leur cartes tombent au bon moment (ce pour quoi ils ne sont jamais favoris, ce qui les rend toujours intéressants).

C’est ainsi, par exemple, que j’ai vu une joueuse se lever, rayonnante, après avoir gagné un pot de 220 euros grâce à une couleur touchée à la river. Elle avait cavé au minimum de 50 euros. Pas étonnant qu’avec de tels adversaires, quelques joueurs exploitent le filon. L’un d’eux m’a été désigné discrètement par un employé : c’est un joueur qu’il n’a encore jamais vu perdre une seule fois en un an. Son but est de repartir gagnant, peu importe de combien. Les pros et semi-pros savent que ce n’est pas la tactique optimale et que la seule chose qui compte est de jouer son meilleur poker en continu, peu importent les résultats intermédiaires. Mais enfin, chacun voit midi à sa porte…


Les deux tables 1-2 étaient pleines à craquer et j’ai assez vite évalué mes adversaires, du moins ceux que j’ai décidé ensuite d’attaquer. Après avoir baissé de 200 à 100 euros suite à des tirages adverses chanceux, le jeu s’est enfin rétabli et mon tapis a monté progressivement. Vers une heure, fatigué, je me suis levé après avoir doublé.


« Pourquoi jouer à de si petites parties ? » pourriez-vous me demander. Parce que le poker reste le poker. Et que dans ces parties de casino qui parsèment le territoire, il y aura toujours des passionnés de poker qui viendront acheter leur dose d’émotions fortes sans se préoccuper de repartir gagnant du lieu. Mais aussi parce qu’il n’y avait pas d’autres tables disponibles.

Publié dans Mes tournois

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