Robert sera dorénavant sans Paul

Publié le par jokerdeluxe

Enseveli que j'étais dans mes sorties de la rentrée (4 livres coup sur coup, dont le démentiel Super System, qui sera disponible début novembre, donc demain !), je n'ai pas pu m'exprimer sur la disparition de Paul Newman, le 29 septembre.

Beaucoup d'entre vous, je pense, parce que vous êtes jeunes, n'ont pas eu la chance d'apprécier le talent de cet acteur américain. Remarquez bien que moi-même je suis aussi en retard sur le sujet vu que quand il sort son chef-d'œuvre, L'Arnaqueur, en 1961, je n'étais pas encore né.

Il a toujours incarné des types bien, des types torturés et un peu crapules. Ce joueur de billard qui arrive à vaincre Minnesota Fats au fil de ce film lunaire qu'est L'Arnaqueur, un noir et blanc hors de toute frontière connue, c'est un type que rien ne peut remettre en selle, qui sera cheval de retour plus tard et qui, pourtant, joue les imbéciles en se faisant passer pour un débutant. Au poker, ce genre de choses sont totalement permises. Pas au billard, et cela lui vaut d'avoir les doigts cassés par une poignée de revanchards.

Quand il tourne la suite, La Couleur de l'Argent, à peine 26 ans plus tard, l'homme a toujours l'œil malicieux et la démarche du chat de gouttière. Cette fois il incarne bien le cheval de retour Eddie Felson, celui qu'un jeune (Tom Cruise) vient attraper par le haut du col en lui disant « Secoue-toi, mec ! Tu peux revenir à ta gloire ! » Cette histoire est mille fois meilleure en livre, mais enfin l'interprétation de Newman reste excellente parce qu'un quart de siècle après, curieusement, il est toujours exactement dans le « groove » de L'Arnaqueur.

Et dans ces deux films successifs dans la chronologie, on trouve, comme dans un miroir, les deux faces de l'inimaginable Kid de Cincinnati, avec Steve McQueen. Le jeune gars qui veut détrôner le vieux. Dans l'un, ce sera le monumental Jackie Gleason, dans l'autre, le digne Edward G. Robinson. Avec, pour Newman, la surprise qui sera de passer de l'autre côté du miroir pour affronter le jeunot, 26 ans après. McQueen n'aura pas eu cette chance, balayé trop tôt par la faucheuse.

Il y a comme ça des acteurs-modèles discrets et satellitaires, à qui on veut ressembler sans pourtant vivre les personnages qu'ils incarnent. Bref, on les aime, on les repousse, on les adore et on les abhorre, et ce tango sans fin saupoudre le sel de notre vie.

Reste L'Arnaque. Là il incarne Gondorff, ce vieux roublard des années 1930 censé aider à venger le gamin, Robert Redfort. Il se fait tirer l'oreille, jusqu'à monter cette énorme arnaque qu'on ne comprend vraiment que dans les dernières minutes. La scène du poker dans le train est un délice, où Newman rase le « client » dans les grandes largeurs. Elle rappelle un autre poker dans un autre train, celui d'Il était une fois dans l'Ouest, où ce salopard d'Henry Fonda tourmente un handicapé, qui n'est pas blanc-bleu non plus, au détour d'une partie qui va tourner (haut et) court.

« J'ai perdu un vrai ami, et ma vie ne sera plus jamais la même avec sa disparition », a dit Robert Redford à la mort de cet acteur de 11 ans son aîné. La filiation va de soi, comme si l'un prenait le flambeau de l'autre, en élève assidu. Redford joue les mêmes rôles, et tous les deux sont passés derrière la caméra. Réunissant chacun à la fois le talent, la beauté et le charisme, ils seront en vie la veille de leur mort, et la partie de poker qu'ils jouent avec leurs personnages verra sa fin, à notre grand regret.

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L'Arnaqueur (1961) - Eddie le Rapide est un arnaqueur au billard. Il fait croire qu'il est nul pour faire monter les mises, puis il plume ses adversaires. Mais son rêve le plus cher est de battre le champion Minnesota Fats.

L'Arnaque (1973)- A Chicago, en 1936, Hooker et son acolyte Coleman volent sans le savoir Doyle Lonnegan, un dangereux gangster de New York. Coleman est aussitôt abattu par le gang de ce dernier et Hooker se réfugie chez Gondorff, un spécialiste de l'arnaque...

La couleur de l'argent (1987) - Un champion de billard, ex-arnaqueur invétéré, est devenu représentant en alcools. Quand il fait la connaissance d'un jeune joueur de billard prometteur, les vieux démons remontent à la surface...

Publié dans Humeurs

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